L’élue de Loire-Atlantique, soutien de la première heure du président de la République, revient sur les deux années éprouvantes qui ont conduit à sa décision de quitter le groupe macroniste à l’Assemblée nationale. Et ce, avant même la nomination du gouvernement Barnier.
Est-ce le début d’une nouvelle hémorragie ? Depuis les législatives, c’est le quatrième départ du groupe macroniste à l’Assemblée nationale. La députée de Loire-Atlantique Sophie Errante annonce à Mediapart qu’elle rejoindra l’ancien président de la commission des lois Sacha Houlié – qui avait claqué la porte en juillet – sur le banc des « non-inscrits » au Palais-Bourbon.
Cette ancienne socialiste, membre du « pôle des réformateurs », les premiers soutiens d’Emmanuel Macron avant son arrivée au pouvoir en 2017, revient sur les deux années qui ont conduit, de la réforme des retraites jusqu’à la nomination de Michel Barnier, en passant par la loi immigration, à sa rupture avec le camp présidentiel.
Très critique de la « méthode » élyséenne et du « mépris » avec lequel elle a été traitée au sein du groupe parlementaire sous la XVIe législature, Sophie Errante, qui aime « parler cash », s’inquiète aussi des traces que laisseront les années Macron dans le rapport des citoyens à la démocratie. (...)
Mediapart : Pourquoi décidez-vous de quitter le groupe Ensemble pour la République (EPR) ?
Sophie Errante : C’est une décision difficile et un moment désagréable pour moi. Ce n’est pas lié à une problématique de personne ou à je ne sais quel règlement de comptes. C’est seulement que, dans la situation politique actuelle, je ne me retrouve pas dans le groupe. Je ne veux plus être associée à ce qui s’y passe et je pense que pour ouvrir une nouvelle page, je dois le quitter. (...)
je me suis retrouvée membre d’une commission des finances où les députés n’avaient plus de rôle. Tous les textes financiers passaient par 49-3, et c’est dans la presse qu’on découvrait – y compris le rapporteur général du budget ! – que des amendements que nous n’avions jamais examinés étaient passés. Je n’attends pas spécialement de considération personnelle, en revanche, les institutions et les fonctions doivent être respectées. Je ne peux pas accepter qu’on en soit arrivés à un tel niveau de mépris.
Et puis il y a eu la réforme des retraites…
Oui, on l’a faite en méthode kamikaze. Ça m’a profondément gênée. (...)
Avez-vous été marquée par l’épisode de la loi immigration ? Vous avez été l’une des 20 député·es macronistes à voter contre…
Oui, là on était à l’apogée de l’insupportable. Le groupe venait de se fracturer sur la réforme des retraites, on avait fait plus de quinze 49-3 en deux ans, et on remettait encore une couche ! (...)
Si je quitte le groupe aujourd’hui, c’est qu’il est un agrégat de personnalités, qui sont sans doute très intéressantes, mais pas un collectif. Tout le monde se fiche de ce qu’on dit en réunion de groupe. Les gens font des listes à la Prévert, mais personne ne dialogue vraiment. Durant la loi immigration, j’ai aussi entendu des propos de certains de mes collègues sur la prétendue « submersion migratoire » qui étaient intolérables… Je me suis dit : « Tu t’es gourée de camp ou quoi ? » (...)
Mon départ est le résultat de difficultés additionnées. Le problème, c’est pourquoi nous en sommes arrivés là. Ce choix de Barnier est-il fait pour fracturer ? gouverner ? apaiser ? Je ne le sais pas encore. (...)
Où allez-vous siéger désormais ?
Chez les non-inscrits. C’est un peu un saut dans le vide, c’est risquer de ne pas être comprise. Et puis, avancer en solo, je ne l’ai jamais fait. J’ai toujours travaillé en collectif. Mais le problème, c’est qu’il y a onze groupes aujourd’hui à l’Assemblée, et je n’ai envie d’aller dans aucun d’entre eux !
Serez-vous dans l’opposition ou dans la majorité ?
Le fait de partir du groupe me permet de reprendre ma liberté de vote, d’appréciation, sans atténuation ou pincettes. Je vais essayer d’être la plus fidèle possible aux engagements que j’ai pris auprès de mes électeurs. (...)
je tiens à dire que j’ai une liberté de parole avec le président. Je n’ai pas à me justifier, je l’informe. Je n’ai pas de relation de soumission avec lui, nous avons un échange qui a toujours été d’égal à égal depuis dix ans. J’ai beaucoup de loyauté vis-à-vis de lui ; d’ailleurs, je l’ai bien évidemment informé en premier de ma décision de quitter le groupe.
C’est une personne avec laquelle j’ai partagé des temps politiques d’une qualité rare, je pense à la période de 2015, quand il était ministre de l’économie. Je continue de penser que le projet de 2017 qu’il a incarné est de loin, même encore actuellement, le meilleur que l’on ait eu, à ce moment-là et aujourd’hui encore. (...)