Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, estime que la création de centres de retour hors des frontières de l’Union européenne pour les demandeurs d’asile déboutés n’est pas une "solution miracle". Le responsable politique vante plutôt la stratégie espagnole consistant à signer des accords avec les pays de transit avant l’arrivée des migrants en Europe. Une mesure qui s’avère, selon lui, plus efficace.
Selon le responsable politique, ces structures - comme celles construites en Albanie par l’Italie – posent d’importants problèmes juridiques et risquent de mettre à mal les relations avec les pays tiers.
Le 8 décembre, les ministres de l’Intérieur des États membres de l’Union européenne ont adopté une série de textes pour encadrer plus strictement les arrivées et les renvois de migrants, ouvrant notamment la voie aux "hubs de retour" - des centres dans des pays hors des frontières de l’UE où seront envoyés les migrants dont la demande d’asile a été rejetée. (...)
Parmi les États membres, les seuls sceptiques sont la France et l’Espagne. Paris s’interroge sur la légalité et l’efficacité de certaines de ces mesures, et Madrid n’est pas convaincue par les "hubs de retour", déjà expérimentés par plusieurs pays mais sans réel succès, comme l’accord entre l’Italie et l’Albanie.
Cette position est toutefois de plus en plus "difficile à tenir", tant la pression exercée par certains pays pour les adopter est forte, avait déclaré en décembre le ministre espagnol de l’Intérieur. (...)
Ces dernières années, l’Espagne a signé de nombreux accords avec la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc, les trois principaux pays de départ de pirogues vers les Canaries. Résultat : en 2025, les arrivées irrégulières dans l’archipel espagnol ont chuté de 62% sur un an, passant de 47 000 en 2024 à 17 500 en 2025. Dans le même temps, les arrivées sur l’ensemble du sol espagnol ont baissé de 42%. (...)
Mais les défenseurs des droits dénoncent ces accords avec les pays de départ, qui entrainent selon eux des abus. En août, Human Rights Watch (HRW) a accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de "graves violations des droits humains" à l’encontre de migrants et de demandeurs d’asile entre 2020 et début 2025.
Début janvier, c’est le Premier ministre espagnol qui a présenté son pays comme un exemple pour l’Europe en matière migratoire. Alors que d’autres pays européens ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants sous la pression des partis de droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a toujours défendu l’ouverture de son pays aux immigrés. (...)
"L’immigration" joue "un rôle assez important dans la croissance de l’Espagne
"Notre modèle fonctionne. Il n’y a pas ce que l’on nomme un effet d’appel", a-t-il encore ajouté, écartant les critiques qui soutiennent que la position pro-immigration de l’Espagne alimente l’immigration illégale vers le pays.
"L’Espagne continuera de défendre un modèle migratoire qui fonctionne, un modèle qui fonctionne pour l’Espagne et qui pourrait aussi contribuer à réveiller une Europe vieillissante", a poursuivi le dirigeant socialiste, assurant que l’immigration représentait "80 % de la croissance" économique de l’Espagne au cours des six dernières années et 10 % des recettes de la sécurité sociale du pays. (...)