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RFI
Inondations meurtrières en Indonésie : pourquoi la déforestation a aggravé la catastrophe
#indonesie #inondations #déforestation
Article mis en ligne le 17 décembre 2025

Les inondations et glissements de terrain ont fait plus de 1 000 morts en Indonésie après le passage de fortes pluies liées à la mousson à la fin du mois de novembre. Alors que le bilan continue de s’alourdir et que plusieurs centaines de personnes restent portées disparues, la déforestation est pointée du doigt comme l’un des responsables derrière l’ampleur de la catastrophe.

« Douze jours après la catastrophe, on voyait toujours des corps en décomposition dans les rues », témoigne Farwiza Fahran d’un ton grave. Dans la province d’Aceh, sur l’île indonésienne de Sumatra, la militante écologiste dresse le tableau, dramatique, des dégâts laissés par les inondations et les glissements de terrain dans la région à la fin du mois de novembre.

Depuis le 26 novembre, plusieurs pays d’Asie du Sud font face à des moussons et des tempêtes tropicales d’une rare violence. Au total, plus de 1 800 personnes seraient mortes en Thaïlande, au Sri Lanka, au Vietnam, en Malaisie, mais surtout en Indonésie, pays frappé par le cyclone Senyar fin novembre. Dimanche 13 décembre, soit plus de deux semaines après les premières inondations et glissements de terrain, l’Agence nationale indonésienne de gestion des catastrophes (BNPB) a de nouveau revu le nombre de victimes à la hausse en Indonésie. Plus de 1 000 personnes ont perdu la vie : 218 autres restaient portées disparues.

La province d’Aceh, où Farwiza Fahran dirige une association de protection de l’environnement et des forêts, est l’une des plus touchées. « La réalité est très dure à affronter car beaucoup de gens appellent à l’aide, mais celle-ci n’arrive pas », témoigne-t-elle auprès de RFI. Cette région située à l’extrémité nord de l’île de Sumatra avait déjà été la plus touchée lors du tsunami de 2004. « On se relève tout juste du tsunami, et voilà que l’on est frappés par ça », déplore-t-elle, affirmant que les dégâts sont encore sous-estimés, tant l’accès à certains villages reste compliqué, voire impossible. (...)

Des troncs d’arbres emportés par les eaux

En Indonésie, le gouvernement du président Prabowo Subianto est critiqué pour ne pas avoir décrété l’état de catastrophe naturelle, et pour ne pas avoir fait appel à l’aide internationale. Mais depuis plusieurs semaines, c’est aussi la gestion environnementale du pays qui est pointée du doigt.

L’intensité des pluies et la violence des dégâts causés par la mousson et les tempêtes en Asie fin novembre sont en partie attribuées au changement climatique. En Indonésie, les associations de défense de l’environnement et plusieurs experts accusent également la déforestation. Ils estiment que celle-ci a contribué à aggraver les inondations et les glissements de terrain.

Dans de nombreuses localités de la province d’Aceh, l’eau a laissé place à la boue, mais également à des amas de troncs d’arbres, de grumes et de branches. Selon le professeur Dodik Ridho Nurochmat, de l’université IPB de Bogor en Indonésie, les troncs laissés par les inondations, bien que certains aient pu tomber de manière naturelle, pourraient « provenir d’anciennes activités d’exploitation forestière ou d’un défrichage incomplet », ou bien « d’une exploitation forestière récente ». (...)

La forêt, une éponge naturelle qui réduit les inondations

Professeur d’hydrologie forestière à l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver, au Canada, le Dr Younes Alila étudie depuis plusieurs décennies les effets de la déforestation sur le cycle de l’eau. Dans une étude publiée au mois de juillet dans le Journal of Hydrology, il indique que dans les zones qu’il a observées, les coupes rases (abattage de la totalité d’un peuplement forestier) peuvent rendre de 4 à 18 fois plus fréquentes les inondations. L’ampleur moyenne des inondations y a également augmenté de 47 % par rapport aux niveaux observés avant l’abattage, jusqu’à 105% pour les inondations les plus importantes.

Pour lui, il ne fait aucun doute que la déforestation augmente drastiquement l’ampleur et la fréquence des inondations. (...)

« Les arbres absorbent constamment l’humidité du sol pour pousser. Lorsqu’une tempête survient, les pluies vont trouver une grande capacité de stockage dans le sol, détaille-t-il. Mais lorsque nous supprimons les arbres, nous éliminons ce pompage des eaux souterraines, et lorsqu’une tempête arrive, elle trouve alors un sol déjà humide. Le ruissellement sera alors plus important. » Le système de racines des arbres joue également un rôle de stabilisation des sols, limitant les glissements de terrain.

Une déforestation très importante en Indonésie

En première ligne face aux conséquences du réchauffement climatique, l’Indonésie est pourtant l’un des pays du monde qui rase les plus grandes surfaces de forêts chaque année. (...)

Le secteur de l’« huile de palme est responsable d’une grande partie de la déforestation, mais il n’est pas le seul », (...)

Le secteur minier, par exemple, a aussi contribué à l’accélération de la déforestation dans le pays en 2024. Au total, plus de 240 000 hectares de forêt primaire ont disparu en Indonésie l’an passé, selon une analyse du projet Nusantara Atlas de la start-up de conservation The TreeMap. (...)

« Ces événements » pourraient devenir « la nouvelle norme »

Lundi, le ministre indonésien des Forêts, Raja Juli Antoni, a annoncé que le gouvernement allait révoquer 22 permis d’exploitation forestière, représentant une superficie de plus d’un million d’hectares. Selon l’agence d’information indonésienne Antara, lors de l’annonce des révocations de permis, le ministre des Forêts a également promis des poursuites judiciaires contre des entreprises impliquées dans l’exploitation illégale du bois dans trois provinces de l’île de Sumatra. (...)

Dans le contexte du changement climatique, qui accentue déjà les phénomènes climatiques extrêmes, le Dr Younes Alila appelle les gouvernements à agir. « Ce que l’on voit n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous devons nous préparer et nous attendre à ce que ces événements deviennent la nouvelle norme, déclare-t-il. Le changement climatique augmente le risque d’inondation, mais la perte de la couverture forestière due à l’exploitation augmente encore davantage ce risque. »