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Marie-Claude Saliceti
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Industrie de la mode : des agences de mannequins exploitent les réfugiées du camp kenyan de Kakuma
#mode #migrantes #Kenya #exploitation
Article mis en ligne le 18 novembre 2023
dernière modification le 17 novembre 2023

Dans le milieu de la mode, une pratique inquiète : l’exploitation de réfugiées recrutées au Kenya, à Kakuma plus précisément, l’un des camps les plus peuplés du monde. Repérées par certaines agences européennes, plusieurs d’entre elles, essentiellement sud-soudanaises, sont envoyées en Europe et exploitées. Mais peu de mannequins, par honte et par peur de repartir dans le camp, tirent la sonnette d’alarme.

Paris, Milan, Londres, mais aussi Berlin. Les grandes capitales de la mode du Vieux Continent font rêver les jeunes mannequins du monde entier, qui, des étoiles pleins les yeux, se voient défiler sur les passerelles des Fashion Week vêtus des créations des plus grandes marques de luxe internationale.

Mais le revers de la médaille peut aussi être brutal, dans une industrie où certaines agences n’hésitent pas à user de moyens illégaux et à exploiter les plus vulnérables pour arriver à leurs fins. C’est le cas pour des jeunes du camp de réfugiés de Kakuma.

Situé au nord-ouest du Kenya, le camp de Kakuma est l’un des plus peuplés au monde, avec plus de 200 000 personnes. Le lieu accueille des réfugiés venus du Burundi, d’Ouganda, d’Éthiopie, mais aussi d’autres régions kenyanes et surtout du Soudan du Sud, dont la frontière est à quelques 120 km de distance.

Une centaine de témoignages chaque mois

"Malgré la forte densité, on arrive facilement à voir des personnes venues de l’extérieur interagir avec des réfugiés pour faire du business. Depuis quelques temps, des personnes demandent l’âge de certains réfugiés et scrutent des caractéristiques physiques des jeunes femmes", explique à InfoMigrants Joao Ramos, de l’ONG International Rescue.

"C’est inquiétant, car on sait que les jeunes sont les plus vulnérables et que certains chasseurs de tête veulent recruter les talents de la mode de demain en leur promettant monts et merveilles. On se rend compte que cette pratique est de plus en plus courante", s’inquiète le travailleur brésilien. (...)

Selon les organisations non gouvernementales présentes sur place, on estime à plus d’une centaine le nombre de personnes qui viennent, chaque mois, faire part de leur histoire et témoigner des pratiques illégales. Certains évoquent des parcours qui ont mené des jeunes en Europe, et pour certaines, se sont soldés par un retour au camp en étant criblées de dettes et de problèmes. (...)

"On m’a utilisé comme un vulgaire objet" (...)

"Les premiers mois, j’étais payée, je défilais dans plusieurs événements, mais après les Fashion Weeks, je n’ai pas perçu de salaire pendant trois mois, et on me demandait de ne pas poser de questions. Je trouvais cela bizarre, et un jour, une copine qui était avec moi m’a dit que deux de ses amies avaient été envoyées à Paris et qu’elle n’avait plus de contact avec elles depuis ce moment-là", précise la jeune mannequin. (...)

elles sont plusieurs centaines à se retrouver dans la même situation, et à voir leurs rêves tourner au cauchemar. (...)

À Kakuma ou en Europe, plusieurs mannequins tentent de s’organiser pour lutter contre ce problème d’exploitation d’êtres humains. "Certaines voix se sont élevées, mais on est encore trop peu nombreuses à prendre la parole", déplore Anah. "Trop peu de mannequins en situation de danger et de précarité ont le courage de parler, car elles vivent dans la crainte. Je le fais en restant anonyme car moi aussi j’ai peur, et je ne veux pas me retrouver dans une situation encore plus difficile qu’elle ne l’est désormais".