Alors que l’Italie et le Royaume-Uni prévoient de transférer leurs demandeurs d’asile dans des pays tiers, l’idée d’externaliser les demandes séduit de plus en plus les États européens. Une tendance vivement critiquée par les associations, qui pointent les obstacles juridiques et surtout, les potentielles atteintes au droit d’asile.
Victoire politique pour la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni qui avait promis de tarir les arrivées de bateaux de migrants sur les côtes du pays. Ce lundi 29 janvier, la Cour constitutionnelle albanaise a donné son feu vert à l’accord migratoire conclu avec l’Italie, prévoyant la construction en Albanie de deux centres d’accueil pour les migrants secourus dans les eaux italiennes. Jusqu’à 3 000 demandeurs d’asile y seraient "délocalisés" tous les mois, dans l’attente de savoir s’ils seront éligibles à l’asile dans la Péninsule ou devront être rapatriés.
Avec ce projet, Rome emboîte le pas à Londres, qui continue de défendre le transfert de demandeurs d’asile vers le Rwanda. Retoqué par la Cour suprême en novembre puis modifié, le projet de loi du gouvernement Sunak a fini par obtenir un premier vote à la chambre haute du Parlement ce même lundi. Après plus de six heures de débat, le texte a été adopté par les Lords en deuxième lecture sans vote formel, ce qui signifie qu’il va désormais faire l’objet d’un examen minutieux pendant plusieurs jours. (...)
L’idée, qui vise à réduire la pression sur les systèmes d’asile du Vieux Continent, séduit aussi bien au Danemark ou en Autriche qu’en Allemagne. (...)
Loin des yeux, loin des droits ?
De son côté, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) maintient sa position de longue date : les transferts vers des pays tiers doivent respecter les obligations en matière de droits de l’homme érigées par les conventions. Selon les associations, c’est là où le bât blesse. Pour l’Italie, où le nombre de migrants illégaux (155 754) a doublé par rapport à l’année précédente, l’ONG International Rescue Committee a fustigé un accord "déshumanisant", tandis qu’Amnesty International a déploré une "menace [pour] les droits des personnes migrantes et réfugiées".
En effet, en repoussant les procédures et en les déléguant à des États tiers, les violations des droits pourraient être nombreuses (...)
Vers "l’affaiblissement" du droit d’asile
Un effet domino qui alerte les spécialistes, qui craignent à terme un délitement du droit d’asile pour les candidats à l’exil. D’après Laurent Delbos, cette tendance à l’externalisation reviendrait à "affaiblir, voire à supprimer le droit d’asile en Europe". D’autres redoutent un recul plus global de ces garanties déjà difficilement assurées sur le continent. (...)
ici, on n’est pas dans cette logique de partage de la responsabilité, on essaie plutôt de se défaire de nos responsabilités internationales" (...)