Friedrich Merz, le candidat de la CDU et favori pour les élections législatives du 23 février, a provoqué un tollé en Allemagne en acceptant le soutien de l’AfD pour sa proposition de durcissement de la politique migratoire. C’est la première fois qu’un parti de gouvernement en Allemagne fait un tel pas vers un parti d’extrême droite au niveau fédéral. La fin du "cordon sanitaire" anti-AfD outre-Rhin ?
La CDU et l’AfD main dans la main au Bundestag. Friedrich Merz, le candidat du parti de centre-droit pour les élections générales du 23 février, a fait voter mercredi 29 janvier une proposition de durcissement de la législation sur l’immigration en Allemagne avec le soutien des voix de l’extrême droite.
Cette main tendue à l’Alternative für Deutschland (AfD), principal parti d’extrême droite, est inédite dans l’histoire allemande depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette “alliance” contre les migrants entre conservateurs et extrême droite est une "erreur impardonnable", avait averti Olaf Scholz, le chancelier allemand et candidat du SPD (centre gauche) aux législatives.
Alliance de circonstance contre les migrants
"Il y a deux jours, Friedrich Merz se trouvait aux commémorations pour la libération d’Auschwitz, et maintenant il affirme qu’il faut fermer toutes les frontières et n’a rien contre recevoir le soutien des voix de l’AfD sur un tel texte. Visiblement, il n’y a pas de contradiction pour lui", note Jan Philipp Thomeczek, spécialiste du populisme en Allemagne à l’université de Potsdam. En effet, l’un des principaux dirigeants de l’AfD, Björn Höcke, est un habitué des dérapages historiques sur la période nazie. (...)
cet appel du pied reste en travers de la gorge d’une partie des médias allemands. "Est-ce la fin du cordon sanitaire ?", s’interroge la chaîne d’information continue Deutsche Welle. "Le cordon sanitaire démocratique : l’enjeu de cette journée", veut croire la Süddeutsche Zeitung, influent quotidien de centre gauche en Allemagne.
Le concept de "cordon sanitaire", présent dans d’autres pays européens, définit la situation dans laquelle les partis traditionnels font face à une montée en puissance de l’extrême droite et promettent de ne pas s’allier avec elle. Mais, en Allemagne, le "cordon sanitaire" ou "Brandmauer" (pare-feu) est une notion qui a été officiellement érigée en doctrine politique par la CDU de Friedrich Merz en 2018. (...)
Pari risqué ou calculé ?
Pour autant, le calcul politique de Friedrich Merz revient-il vraiment à jeter le "cordon sanitaire" aux oubliettes ? Malgré sa sortie sur le soutien de l’extrême droite à sa résolution, "il a aussi réitéré son opposition à toute collaboration gouvernementale avec ce parti", souligne Dan Hough. En un sens, il redéfinit les contours du "cordon sanitaire", estiment les experts interrogés par France 24. (...)