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Basta !
Giorgia Meloni veut en finir avec les centres sociaux autogérés, hauts lieux de l’action culturelle
#Italie #alternatives #repression
Article mis en ligne le 31 janvier 2026
dernière modification le 29 janvier 2026

Ce 31 janvier, la gauche italienne se mobilise à Turin pour défendre les centres sociaux. Ces espaces autogérés et souvent populaires accueillent de multiples initiatives sociales et culturelles. Ils sont la cible du gouvernement d’extrême droite.

Depuis les bancs de l’opposition qu’elle occupait alors, Giorgia Meloni avait brandi la menace il y a huit ans. « Dans mon Italie, ces salopards prendront dix années de prison et on videra tous les centres sociaux », promettait la cheffe de file des Frères d’Italie (Fratelli d’Italia, parti d’extrême droite post-fasciste) après la violente prise à partie d’un policier par plusieurs militants affiliés, selon les reconstitutions de la presse, aux « centres sociaux » – ces lieux occupés et autogérés qui ont essaimé sur toute la péninsule. Aujourd’hui parvenue à la tête du pays, l’élue romaine a certes modéré son langage mais sa promesse, elle, semble toujours tenir. (...)

C’est ainsi qu’en août 2025, les forces de l’ordre ont pris le contrôle du centre social Leoncavallo à Milan, installé dans une ancienne usine de papier, mettant définitivement au pas un demi-siècle d’engagement dans les périphéries d’un Milan en profonde mutation sociale et économique. Viendra ensuite, en décembre, le tour de l’Askatasuna, ouvert en 1996 au cœur de Turin, et devenu au fil des années un vivier de contestations : de la lutte des No-Tav, contre la ligne de train à haute vitesse entre Lyon et la capitale piémontaise, au soutien au peuple kurde et surtout à la cause palestinienne, notamment depuis l’écrasement de la bande de Gaza par Israël après les attaques perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023.

Cet hiver, plusieurs débordements notables de la part d’activistes, dont une spectaculaire intrusion au sein des bureaux du quotidien turinois La Stampa, servent de prétexte à la prise de contrôle du lieu par la police dans un climat particulièrement tendu. Entraînant au passage la rupture d’un « pacte de collaboration » initié deux ans plus tôt entre l’Askatasuna et la municipalité de centre gauche.

Une histoire qui remonte à la fin des années 1970 (...)

après les heures sombres des années de plomb et de la crise économique, « les centres sociaux se transforment en avant-postes démocratiques : on occupe les usines abandonnées, on les transforme en lieux de production culturelle et économique, en points d’aide pour les migrants et, surtout, on cherche à contenir le trafic de drogue qui faisait de nombreuses victimes » (...)

La décennie 1990 marque une nouvelle phase d’expansion, sous l’impulsion des mouvements étudiants, mais aussi de mutation. Progressivement, nombre de CSOA s’affirmeront davantage comme des lieux de vie plus culturelle que politique. S’ouvre aussi une phase de dialogue avec les autorités locales (de gauche) et de régularisation du statut des centres sociaux.
120 centres sociaux étiquetés « à gauche » dans le viseur

C’en est toujours trop pour la droite radicale italienne qui, bien des années après, avec l’arrivée des Frères d’Italie aux affaires, reprend sa croisade contre les centri sociali. (...)

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, le pays compterait encore plus de 120 centres sociaux illégaux, étiquetés « à gauche » dans leur écrasante majorité, dont plus de la moitié se trouvent à Rome et Milan. (...)

Pas une ligne en revanche sur le sort des membres de Casapound, « fascistes du 3e millénaire » autoproclamés, dont le drapeau flotte librement depuis 2003 au n°8 de la rue Napoléon III, à Rome. (...)

Dans le dédale de ce centre autogéré, on propose du soutien scolaire pour les enfants, des cours de langue, un guichet d’aide sociale, une imprimerie, un espace de coworking, une rédaction (celle du mensuel Scomodo) mais aussi un bar et même un salon de coiffure. Sans compter les nombreux événements qui agitent les entrailles de ce palazzo de la capitale où se tenait encore, en septembre dernier, la cinquième édition des Rencontres mondiales des mouvements populaires, initiée par feu le pape François.

« Plus qu’un bâtiment, c’est une idée d’humanité, de coexistence et de citoyenneté active », témoignent une myriade d’acteurs et de cinéastes italiens dans une pétition adressée au ministère de l’Intérieur. (...)

Meloni veut « étouffer toute opposition potentielle » (...)

Il faut dire que, depuis son entrée en fonction, la majorité gouvernementale a sérieusement durci le ton. De son premier décret-loi contre les rave parties, à l’instauration d’un délit contre la « résistance passive » au printemps dernier, jusqu’au projet de « paquet sécuritaire », bientôt sur la table du conseil des ministres, qui pourrait notamment inclure des limitations préventives au droit de manifester. En tous cas, pas question de lâcher du lest à un an des prochaines législatives, lesquelles pourraient justement se jouer autour du thème de la sécurité, veut-on croire chez les Frères d’Italie. (...)

le 31 janvier prochain, à l’appel des membres de l’Askatasuna, les CSOA de toute l’Italie se sont donné rendez-vous pour une journée d’action nationale, à Turin. « Il est temps de faire des alliances », réclamaient certaines structures.

« Le risque, c’est que ce soit une manifestation, un peu comme un chant du cygne, où tout le monde rentre chez soi après », estime pour sa part l’universitaire Vincenzo Scalia. « Il faudrait plutôt resserrer les rangs et penser à construire un front politique alternatif qui soit un point de référence. Aussi pour les gens qui ne sont pas des centres sociaux. »