
"Mémoires tziganes" va à la rencontre des survivants roms passés par les camps de la mort, alors qu’ils n’étaient que des enfants. Un récit où se mêlent les humiliations, les recensements avant les exécutions. Un film qui honore la mémoire tzigane.
Elle peint le massacre des siens. Des amoncellements de corps, bouches béantes, sous son pinceau. Le documentaire "Mémoires tzigane, l’autre génocide" s’ouvre avec le portrait d’une artiste à ses heures perdues, Rom autrichienne, survivante des camps, dont les images la hantent jusque dans l’exercice de son art, elle qui n’est pas parvenue à se débarrasser de la colère qui l’anime.
L’intérêt de ce "Mémoires tzigane" est d’avoir richement documenté, au fil des rencontres, la douleur qui restent la leur. On estime que 40 à 90% des Tziganes, selon les régions, ont été gazés, exécutés.
(...) Les témoignages nous font cheminer vers le point de non-retour. Hugo Hollenreiner explique avoir été "un Allemand comme les autres. Nous parlions allemand, nous ne connaissions que cette langue. A part le romanès, qui fait partie de nous."
Très tôt, il a pourtant senti que les choses avaient changé, pour lui et sa famille. Les insultes, les coups, les crachats à la sortie de l’école. "On me traitait de Tzigane", se souvient-il.
Au tournant du vingtième siècle, déjà, leur singularité était de moins en moins tolérée. Mais la montée des nationalismes provoque la suspicion. Le fantasme d’un Tzigane "dangereux" prend racine. Tous les pays d’Europe leur imposent un statut d’exception. Ils sont identifiés, catalogués et recensés comme des citoyens à part. Les policiers de la sûreté les mesurent et les photographient. En témoignent, les empreintes d’un bébé de 15 mois, enregistrées dans les fichiers de la police belge. (...)
A partir de 1938, le décret de Heinrich Himmler de "combat contre les nuisances tziganes" aggrave les persécutions. Les arrestations et les internements se multiplient. Les femmes et les hommes sont séparés. Les hommes sont enfermés dans des camps où se trouvent déjà des opposants politiques et des "asociaux" qui seront bientôt rejoints par les Juifs. En avril 1940, la phase de déportation des Tziganes des villes allemandes est devenue concrète. Toutes les familles sont rassemblées, leurs biens confisqués.
Le film de Juliette Jourdan et de Idit Bloch documente adroitement cette douloureuse ascension de la suspicion vers l’exécution. Et interroge : "pourquoi le génocide des Roms est-il resté si longtemps ignoré ?", selon les mots du représentant des Sintis et des Roms devant le Parlement allemand en 2011. (...)
"Mémoires tziganes, l’autre génocide. Les Tziganes dans l’Europe de la seconde guerre mondiale" à découvrir sur La Trois, ce samedi 29 mars à 21h45.