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Marie-Claude Saliceti
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Essais nucléaires en Polynésie : une loi pour mettre fin au déni de l’État
#Polynesie #essaisNucleaires #sante #AssembleeNationale
Article mis en ligne le 25 février 2026
dernière modification le 21 février 2026

Fin janvier, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi visant à combler le manque de reconnaissance des victimes des essais nucléaires en Polynésie française. Le texte, qui doit encore être examiné par le Sénat, est le résultat d’une commission d’enquête parlementaire qui s’appuie en grande partie sur les révélations publiées par Disclose il y a cinq ans. La députée Mereana Reid Arbelot, co-rédactrice du texte, revient sur le parcours de cette loi potentiellement historique, et explique en quoi elle pourrait mettre un terme à soixante ans de déni de la part de l’État.

De 1966 à 1996, la France a fait exploser 193 ogives nucléaires en Polynésie. Le 29 janvier dernier, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une proposition de loi visant à « reconnaître les victimes de l’exposition aux essais nucléaires français et à améliorer leur indemnisation ». Le texte, qui doit encore être examiné par le Sénat, est le résultat d’une commission d’enquête de six mois. Il s’appuie sur des milliers de documents déclassifiés et sur des entretiens avec des militaires, des scientifiques et des élus. Mais aussi sur l’enquête Toxique de Tomas Statius et Sébastien Philippe, publiée par Disclose il y a tout juste cinq ans. (...)

Comment avez-vous commencé à vous intéresser au sujet des essais nucléaires en Polynésie ?

Je suis Polynésienne, mon père est de l’archipel des Gambier, qui a été particulièrement touché par les retombées radioactives. Mais quand j’étais suppléante du député Moetai Brotherson, c’est surtout le regard que les Polynésiens portaient sur la question qui m’a interpellée : les gens venaient nous en parler en douce, à la fin des meetings. Plus de vingt ans après le dernier essai nucléaire, c’était encore quelque chose d’important pour eux, mais qui ne se disait pas à voix haute, il y avait une sorte d’omertà.

Dès que je suis devenue députée à mon tour, j’ai proposé la projection du film Les oubliés de l’atome, de Suliane Favennec, au Palais Bourbon. On a fait salle comble ! Les trois quarts des députés ne connaissaient rien à cette histoire : ils savaient qu’on a l’arme nucléaire, mais ils n’avaient pas idée de ce qu’il avait fallu faire pour l’obtenir. Ensuite est arrivée l’enquête Toxique publiée par Disclose. Les révélations de Sébastien Philippe et Tomas Statius a. Je les ai invités en tant qu’expert à une table ronde. C’est comme ça que tout a commencé.

Quel était l’objectif de la commission d’enquête parlementaire dont vous avez été rapporteure ?

Il s’agissait de faire un état des lieux des connaissances scientifiques et historiques sur les essais nucléaires en Polynésie. (...)

Le dernier tir nucléaire date de janvier 1996, la loi Morin arrive en 2010. Et elle est dans une impasse : aujourd’hui, la science ne sait pas dire si un cancer est dû aux essais nucléaires, à la cigarette ou à l’alcool. Jusqu’à maintenant, les dossiers d’indemnisation étaient examinés selon un critère : un seuil d’exposition radiologique fixé à 1 millisievert. En février 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié un rapport qui stipule qu’il est impossible d’attribuer de façon certaine une dose à un individu, les gens n’avaient pas de dosimètre personnel ! On a pu montrer que ce seuil d’exposition servait surtout à trier les dossiers, à désigner quelques victimes et à en exclure massivement d’autres, mais sans fondement scientifique. Quinze ans après la loi Morin, il était temps de faire évoluer ce texte pour le faire correspondre aux connaissances actuelles. Et la seule vérité, c’est que le risque est nul quand le rayonnement est nul. (...)

’histoire nous apprend une chose, c’est que les autorités savaient, le risque a été pris en toute conscience. Donc, le nouveau texte s’appuie désormais sur trois critères : la date, le lieu et la maladie. Si la loi est définitivement adoptée, toutes les personnes réunissant ces trois critères seront éligibles à l’indemnisation. C’est une reconnaissance à la fois politique et juridique (des dommages subis par les Polynésiens). (...)