Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
France24/AFP
Descendants d’esclaves et d’armateurs négriers, ils s’unissent pour la mémoire et contre le racisme
#esclavage #racisme #memoire #Nantes
Article mis en ligne le 19 avril 2026

À Nantes, un mât de la Fraternité est inauguré samedi dans l’ancien principal port négrier de France. Haut de 18 mètres, il symbolise les navires qui déportaient les captifs africains vers les colonies du Nouveau Monde. Il est né de la rencontre entre Dieudonné Boutrin, un descendant d’esclaves, et Pierre Guillon de Princé, dont les aïeux étaient des armateurs négriers.

(...) Sur son socle de béton est inscrit l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’Homme : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."

Il y a deux siècles, c’est d’ici que plus de 1 700 expéditions négrières ont pris le départ. Du début du XVIIIe siècle jusqu’aux environs de 1830, ce sont environ 450 000 captifs africains qui ont été déportés vers les colonies d’Amérique et des Antilles par des navires nantais, faisant de la ville le premier port négrier de France. (...)

Un passé assumé

Pour rappeler ce souvenir, Nantes inaugure, samedi 18 avril. Quatorze ans après l’ouverture du Mémorial de l’abolition de l’esclavage, la ville franchit une nouvelle étape dans son travail de mémoire. "C’est un symbole de lutte pour les droits humains et de lutte contre le racisme. On veut rassembler les gens avec notre histoire croisée", résume Dieudonné Boutrin, qui a imaginé ce mât de la Fraternité. Martiniquais d’origine, ce descendant d’esclaves œuvre depuis des décennies pour la mémoire de la traite négrière au sein de son association, La coque Nomade-Fraternité.

En 2021, ce Nantais d’adoption fait une rencontre déterminante. Pour la première fois, il fait face à un descendant d’armateur, Pierre Guillon de Princé, lui aussi féru d’histoire. Les deux hommes décident de s’unir et de proposer ensemble des visites guidées sur les traces du passé négrier de Nantes. (...)

Des excuses officielles

À l’occasion de l’inauguration du mât de la Fraternité, Pierre Guillon de Princé a même décidé de d’aller plus loin. Il va présenter officiellement ses excuses pour ce qu’ont fait ses ancêtres, en présence notamment de Louino Volcy, ambassadeur d’Haïti en France, de la maire de Nantes Johanna Rolland, du prix Nobel de littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio et de Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. L’octogénaire ne s’estime pas coupable, mais veut avant tout œuvrer pour l’avenir : "J’ai quand même une responsabilité. Je constate que la première blessure qui a été faite aux populations esclavisées ou colonisées est psychologique. Elles ont été infériorisées et le racisme perdure. Il faut donc faire dialoguer les communautés."

Au-delà de l’aspect symbolique du mât de la Fraternité et de ces excuses, les deux initiateurs du projet entendent aller plus loin. En 2001, la France était devenue le premier pays au monde à reconnaître l’esclavage comme crime contre l’humanité grâce à une proposition de loi portée par la députée de Guyane Christiane Taubira. Vingt-cinq ans après l’adoption de ce texte historique, l’histoire de l’esclavage demeure un sujet sensible, peu présent dans la culture populaire et dont l’enseignement laisse à désirer. (...)


image : Joseph Swain, Public domain, via Wikimedia Commons