En 19 mois, la guerre au Soudan a déplacé plus de 11 millions de personnes. Au Tchad, elles sont plus d’un million, principalement concentrées dans l’est du pays. Dans ces camps, des réfugiées soudanaises accusent des équipes humanitaires des Nations unies ainsi que des forces de sécurité du Tchad d’abus sexuels.
Environ 90% des réfugiés présents dans les camps de l’est du Tchad sont des enfants et des femmes. Plus de la moitié d’entre elles sont arrivées seules. Avant de fuir le Soudan, elles ont pour la plupart déjà "subi des violences, y compris des viols. Alors, il faut empêcher cela au Tchad", explique Épiphanie Dionrang, la présidente de la Ligue tchadienne des droits des femmes.
Or, les révélations de l’agence de presse américaine AP (lien en anglais) dans les camps de réfugiés font état, entre autres, de rapports sexuels non consentis en échanges de soins ou de certains accès. Les réfugiées subiraient des "relations sexuelles forcées pour survivre", des "exploitations sexuelles en échange d’argent" ou d’accès à l’assistance ou aux soins "au sein même des camps". D’autres témoignages font état d’enfants issus de ces rapports sexuels non consentis. (...)
Des humanitaires impliqués
Les faits rapportés impliquent aussi bien des humanitaires affiliés aux Nations unies que de forces de sécurité tchadiennes. Les Nations unies au Tchad se disent attristées d’apprendre que ces allégations pèsent sur leurs équipes. Elles prônent "une politique de zéro tolérance" face à toute "exploitation sexuelle et abus".
Yewande Osarhieme Odia, coordinatrice humanitaire par intérim des Nations unies au Tchad, et présidente de l’Agence des Nations unies en charge des questions de santé sexuelle et reproductive, assure disposer "d’un mécanisme de prévention solide (...) de centres intégrés où nous recevons les femmes victimes de violences et où nous les assistons, nous apportons même un soutien judiciaire afin qu’elles puissent intenter une action en justice contre l’agresseur", et affirme qu’un "processus d’enquête" est lancé. (...)
Si l’enquête démontre qu’il y a eu exploitation et abus sexuels, les sanctions pourraient aller de la cessation de service à des mesures plus graves, en fonction du "pays d’origine" des travailleurs et de la "gravité des actes". Selon la responsable, ces actes sont constatés "partout dans le monde et pas seulement avec le personnel de l’ONU, c’est le cas avec d’autres acteurs humanitaires ou des agents de sécurité étatiques".
Ces cas ne sont qu’une facette supplémentaire de la situation dramatique dans les camps de réfugiés. Agressions sexuelles, famines, manque d’infrastructures et de services adaptés, le gouvernement tchadien et les organismes présents dans les camps s’alarment. Contacté par RFI, le gouvernement tchadien n’a pas souhaité réagir.
Le Haut-Commissariat pour les réfugiés n’a par ailleurs reçu que 11% des 214 millions de dollars nécessaires en 2024 pour faire face à la crise.