Les alertes concernant des exilés partis depuis les côtes sénégalaises ou mauritaniennes sont de plus en plus nombreuses. Les ONG insistent sur la dangerosité de cette route migratoire, à nouveau très empruntée ces dernières années.
Le bateau a pris la mer depuis les côtes mauritaniennes, à environ 100 kilomètres de la commune de Nouakchott, dans la nuit du 7 au 8 janvier. 107 à 108 personnes se trouvaient à son bord et espéraient rejoindre, en quelques jours de navigation à travers l’océan Atlantique, les îles Canaries, où les arrivées de migrant·es rythment le quotidien de l’archipel depuis près de quatre ans.
« Au moins quatre personnes de mon village, mais aussi mon frère, étaient parmi les passagers », confie Kemoko, un Malien basé en région parisienne, près de vingt jours après leur départ, meurtri par l’inquiétude. Le trentenaire ignorait tout du projet de son frère jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il se trouvait en Mauritanie, prêt à partir. « Quand j’ai tenté de le joindre, j’ai appris qu’il avait déjà pris la mer… »
Les raisons de leur départ ? « Ils étaient à la recherche d’une vie meilleure, comme tout le monde », répond-il avec pragmatisme. Ni Kemoko ni les proches des autres passagers n’ont eu de nouvelles depuis : ils se sont donc organisés, avec ces proches mais aussi avec le maire du village, pour tenter de retrouver leur trace. (...)
Une route migratoire réactivée (...)
Comme l’avait documenté Mediapart, la route s’est réactivée en 2019-2020 après être restée en sommeil durant près de deux décennies, notamment du fait de la surveillance accrue des frontières et de l’émergence de la route libyenne via la Méditerranée centrale. « Cette route se réactive tout simplement parce que d’autres ont été fermées », avait alors expliqué Eva Ottavy, responsable des Solidarités internationales à la Cimade, peu après le naufrage d’une embarcation partie depuis les côtes sénégalaises et transportant 200 personnes. (...)
Depuis, cette route n’a cessé de prendre de l’ampleur dans le nombre d’arrivées en Europe. (...)
Deuil impossible
La gestion des disparitions fait de plus en plus partie du travail du collectif Solidaridad con las personas migrantes de Lanzarote, explique Laetitia Marthe, habitante de Lanzarote et membre du groupe. Les embarcations parties depuis le Sénégal ou la Mauritanie arrivent le plus souvent sur l’île d’El Hierro (10 000 habitant·es).
Mais, malgré les alertes que peut recevoir le collectif, il reste très difficile pour ses membres, « en tant qu’activistes ou militants », d’accéder aux procédures et protocoles officiels. Le CICR peut lancer des démarches mais doit être saisi directement par les familles.
Elle précise que la plupart du temps, la recherche est infructueuse. (...)
« Nous, on est en faveur de la liberté de circulation. On est contre ce dispositif d’accueil, qui n’existerait pas si les personnes pouvaient voyager comme n’importe qui avec des visas et dans un avion. Elles n’auraient pas à transiter par les Canaries si elles pouvaient arriver autrement dans leur pays de destination », déroule Laetitia Marthe, précisant être scandalisée par le traitement infligé aux personnes exilées.