Les coupes budgétaires sans précédent plongent les maires dans un profond désarroi. Réunis cette semaine à Paris, ils expriment leur vive inquiétude, avant le début de l’examen au Sénat du projet de loi de finances.
(...) ils sont nombreux, maires de communes de toutes tailles, à éprouver un mélange de colère et d’épuisement. Au congrès annuel de l’Association des maires de France (AMF), qui se tenait cette semaine à Paris, ils ont même — fait rarissime — manifesté, en arborant durant quelques minutes une écharpe noire à la place de leur ruban tricolore le temps d’une photo.
Chacune et chacun à leur manière, ils s’indignent contre les coupes budgétaires sans précédent annoncées pour 2025, dans le cadre de la loi de finances dont l’examen doit débuter au Sénat le 25 novembre.
Le gouvernement prévoit de ponctionner 10 milliards d’euros aux collectivités locales en 2025, en utilisant plusieurs leviers. Le Sénat pourrait ajuster se montant à la baisse, mais l’effort devrait quoi qu’il en soit demeurer important, avec des conséquences importantes sur la transition écologique. Car les maires sont en première ligne dans la bifurcation vers la neutralité carbone et pour préparer les villes et villages aux épisodes climatiques extrêmes.
Une purge sans précédent (...)
Ces coupes se cumulent avec de nombreux coups de rabot qui vont directement affecter la capacité d’agir des communes sur le plan climatique.
- Le plan vélo, qui consacrait 304 millions d’euros au soutien des collectivités pour des projets de pistes cyclables, est supprimé ;
- l’enveloppe dédiée aux tiers-lieux est réduite de 80 % ;
- les agences de l’eau perdent 130 millions d’euros ;
- l’agence de financement des infrastructures de transport voit son budget diminué de 700 millions d’euros ;
- l’établissement public pour la transition écologique (Ademe) doit perdre 35 % de ses crédits.
L’austérité entraîne aussi, depuis plusieurs années, des coupes d’effectifs dans les établissements publics qui fournissent aux communes l’expertise dont elles ont besoin pour élaborer leur politique de transition écologique. (...)
Il faut agir vite et fort, s’époumonent en particulier les maires des communes littorales, qui constatent désormais quotidiennement les conséquences de la hausse du niveau de la mer. Si rien n’est fait, selon les services de l’État, 5 200 logements seront détruits d’ici à 2050 en France. Les maires ont donc besoin d’argent pour acquérir de nouveaux terrains et reloger ces futurs sinistrés. Mais c’est aussi là que le foncier est le plus cher. (...)
Les maires subissent un même dilemme, partout en France : faut-il couper dans leurs services publics ou laisser courir la dette ?
La deuxième option est envisagée par un nombre croissant d’entre eux. Certains demandent que les investissements pour la transition soit cantonnés dans une dette « verte » et remboursés moins rapidement. (...)
Besoin de visibilité
Mais pour oser laisser courir la dette, il faut être sûr de pouvoir rembourser. « Ce dont nous avons besoin, c’est de visibilité sur plusieurs années, résume Marie Ducami, maire socialiste de Saint-Jacques-de-la-Lande. Or, le gouvernement manque de constance dans son engagement. Le fonds vert a par exemple été lancé en 2020, doublé en 2023 et de nouveau réduit de moitié pour 2025. (...)