Le journaliste Fabrice Nicolino poursuit son travail d’enquête en documentant les diverses et nombreuses pollutions de l’eau. Celle du robinet n’est pas potable, mais les décisions à prendre seraient trop coûteuses pour beaucoup, alors on change simplement les normes. En vérité, sur fond de corruption quasi généralisée, de « copinage endogamique » et de renvois d’ascenseur, c’est un véritable assassinat concerté qui est en cours, commis en toute impunité, par l’agriculture intensive, les golfs et les piscines, la neige artificielle, les centrales nucléaires et les data centers,…
Pour rendre digeste une grande quantité d’informations, il s’adresse au lecteur et lui confie nombre de souvenirs personnels, comme sa participation à la lutte contre la construction du barrage de Serre de la Fare. Nous ne nous en tiendrons qu’à l’enquête.
Au Moyen-Âge, l’eau était regardée avec méfiance, associée à la période romaine. Ainsi à Périgueux, il n’y eut longtemps qu’une seule fontaine pour… 5 000 habitants ! L’ingénieur des ponts et chaussées Eugène Belgrand, en charge des eaux de Paris, décide de l’installation des fontaines Wallace et de la construction d’acqueducs pour acheminer une eau puisée à 150 km de la capitale. (...)
Après cette présentation historique, Fabrice Nicolino dévoile les critères exigés aux performances des stations d’épuration. Sont en effet uniquement mesurées la quantité d’oxygène permettant aux bactéries d’oxyder tout ce qui est biodégradable, la consommation d’oxygène par les oxydants et la quantité de matières en suspension, solides et visibles à l’œil nu. Les contrôles reposent entièrement sur l’auto-surveillance des maîtres d’ouvrage (...)
L’auteur détaille également le processus de « fabrication » d’eau potable et présente des études estimant l’ingestion humaine de microparticules de plastique à 250 g par semaine soit l’équivalent d’une carte de crédit. (...)
L’eau en bouteille, l’eau de pluie, les eaux de baignade,… ne sont pas mieux loties. (...)
Pour ne pas en rester avec cet état des lieux profondément désespérant, il invoque les Fremen, peuple nomade du roman de Franck Herbert, Dune, qui entreprend d’ensemencer le désert, donne en exemple les castors et leur rôle dans les écosystèmes. Il appelle à une révolution copernicienne sans attendre d’éventuelles réformettes. Il considère notamment que la dépollution est « le dernier clou sur le cercueil de nos illusions ». Au contraire, ne plus polluer oblige à repenser tous les process industriels, agricoles, domestiques, à réorganiser le monde, et son industrialisation. « Des siècles d’arrogance technicienne ont imposé comme un fait l’idée que l’eau nous appartient. C’est bien sûr le contraire : c’est nous qui en faisons partie. »
Enquête extrêmement complète qui donne un panorama complet (et un peu désespérant) des pollutions des eaux.
C’EST L’EAU QU’ON ASSASSINE
PFAS, pesticides, micro plastiques, cosmétiques, médicaments…
Fabrice Nicolino
304 pages – 19 euros
Éditions Les Liens qui libèrent – Paris – Mai 2025