16 mai 2022
Dans quelle mesure les oiseaux, insectes et autres organismes vivants sont-ils affectés par les pesticides ? Quel est l’effet de ces substances sur des services aussi essentiels que la pollinisation ou la lutte biologique contre les ravageurs ? Une expertise scientifique collective INRAE-Ifremer livre des enseignements actualisés sur l’impact des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et sur les services que les écosystèmes rendent à la société. Elle identifie des pistes pour les réduire. Fruit de deux ans de travaux d’un collectif pluridisciplinaire, elle a été réalisée à la demande des ministères en charge de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Recherche, et s’est intéressée à tous les milieux : air, terres, eaux douces et marines.
Pourquoi cette expertise scientifique collective ?
Pour disposer d’un état des lieux actualisé des connaissances scientifiques
Le déclin de la biodiversité en France et dans le monde est attesté par des publications de plus en plus nombreuses ces vingt dernières années, une alerte qu’a renforcé la parution du rapport 2019 de l’IPBES1. La contamination de l’environnement par les pesticides est identifiée comme l’une des causes de cette situation. (...)
Quels enseignements sur les impacts ?
A terre et en mer : les produits phytopharmaceutiques sont présents partout
L’image tirée en 2022 est beaucoup plus précise que celles de 2005 et 2008 grâce à la densification du réseau de surveillance et au perfectionnement des techniques d’analyse qui s’intéressent aux produits phytopharmaceutiques et à certains produits issus de leur dégradation (ou transformation). Le glyphosate – de loin le premier herbicide utilisé dans le monde – et son principal produit de transformation (AMPA) font ainsi partie des substances les plus répandues dans les sols. Tous les milieux sont concernés par la contamination de mélanges de produits phytopharmaceutiques mais les zones agricoles proches des lieux d’applications sont les plus contaminées. Cette contamination affecte ensuite les sols et cours d’eau jusqu’aux mers et aux océans, avec généralement des concentrations décroissantes le long de ce continuum. Certains polluants très persistants dans l’environnement tels le DDT, le lindane ou l’hexachlorobenzène, interdits depuis des années, sont observés jusque dans les grands fonds marins et les zones polaires. Ce sont partout des mélanges de polluants qui sont retrouvés : les produits phytopharmaceutiques, eux-mêmes en mélange, sont présents aux côtés de médicaments, de microplastiques.... (...)
La biodiversité est affectée, ainsi que les services qu’elle assure (...)
Il apparaît de façon robuste que les produits phytopharmaceutiques sont, dans les zones agricoles, une des causes principales du déclin des invertébrés terrestres, dont des insectes pollinisateurs et des prédateurs de ravageurs (coccinelles, carabes…), ainsi que des oiseaux. Chez les oiseaux granivores, les effets directs, du fait de la toxicité des graines ingérées, sont prédominants. Chez les oiseaux insectivores, les effets indirects sont majeurs : ils perdent leur garde-manger en raison de la réduction du nombre d’insectes. Les organismes aquatiques aussi sont touchés. Les populations de macroinvertébrés pourraient diminuer de 40 % dans les cours d’eau agricoles les plus pollués. Pour l’ensemble de ces organismes terrestres et aquatiques, les effets non mortels, directs et indirects, sont majeurs, ce qui n’avait pas été autant étudié il y a 15 ans. Ces effets peuvent se traduire par une perte d’orientation ou de capacités de vol chez les insectes et oiseaux, une diminution de l’efficacité de la reproduction ou des déficiences immunitaires. (...)
Les produits phytopharmaceutiques sont également en cause dans le déclin des amphibiens (25 % de leurs populations sont menacés en Europe) et des chauves-souris. Au-delà de ces constats par types d’organismes, l’expertise s’est également intéressée au rôle écologique qu’ils assurent. Les microorganismes, présents en abondance dans tous les milieux, sont principalement affectées dans les sols agricoles et les cours d’eaux voisins contaminés par les produits phytopharmaceutiques. Leurs capacités à dégrader la matière organique et fournir des nutriments aux écosystèmes sont diminuées. (...)
Les trois services écosystémiques pour lesquels les impacts des pesticides sont les plus étudiés jusqu’à présent sont la production végétale cultivée (protégée des ravageurs et maladies par les produits phytopharmaceutiques), la pollinisation (affectée négativement, principalement par les insecticides néonicotinoides et pyréthrinoïdes) et la lutte qu’assurent les prédateurs naturels contre les ravageurs des cultures (négativement impactée elle-aussi). Or les deux derniers services sont utiles au premier (...)