Vendredi 30 janvier, la présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, a promis une loi d’amnistie générale alors que 687 prisonniers politiques se trouvent toujours derrière les barreaux. Parmi eux, figurent 59 étrangers et binationaux, détenus arbitrairement, dans des conditions parfois inhumaines.
(...) Mis sous pression par les États-Unis après l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse, le 3 janvier dernier, le régime chaviste s’était déjà engagé à libérer « un grand nombre » de prisonniers politiques, jamais mentionnés comme tels. Ceux-ci sont en réalité relâchés au compte-gouttes : avant l’annonce de Delcy Rodriguez, l’ONG spécialisée Foro Penal recensait 383 libérations depuis le mois de décembre, bien loin des plus de 800 annoncées par les autorités. À ce jour, ils sont encore 687 à être incarcérés. Parmi eux, 59 étrangers et binationaux, dont une majorité de Colombiens. (...)
« Les gens ont tendance à plaider coupable » pour « ne plus être torturés » (...)
Outre les tortures psychologiques, la plupart des témoignages font état de journées entières sans voir la lumière du jour, d’un manque d’alimentation, d’absence de contact avec les proches… Des conditions d’incarcération qui varient selon qu’on est vénézuélien ou étranger, et de l’endroit où l’on est emprisonné. L’organisation Foro Penal a recensé 160 sites pénitentiaires à travers le pays.
Le plus emblématique est la prison d’Hélicoïde, un ancien centre commercial de Caracas reconverti en siège de l’agence nationale de renseignement. En 2023, une mission des Nations unies y faisait état de la présence de salles de torture. Ses jours pourraient être comptés : Delcy Rodriguez a annoncé que le lieu retrouverait sa fonction initiale. « Nous avons décidé que les installations de l’Hélicoïde deviendront un centre social, sportif, culturel et commercial pour la famille policière et pour les communautés voisines », a déclaré la présidente par intérim dans son discours du 30 janvier. (...)
Mais à en croire Alfredo Romero, le directeur de Foro Penal, le pire de tous est El Rodeo 1. Situé dans l’État de Miranda, il est géré depuis 2024 par la Direction générale de contre-espionnage militaire. « Tous ceux qui en sont sortis, même ceux qui sont passés par l’Hélicoïde, en parlent comme de l’enfer. Ils racontent avoir été soumis à des traitements cruels, à de la torture… Là-bas, les gens sont sanctionnés pour n’importe quoi », rapporte-t-il. Lui-même a pu y pénétrer. Il se souvient de gardiens aux visages masqués, du sac noir dont on lui a recouvert la tête au moment d’entrer. « Tout est fait pour rendre l’endroit encore plus effrayant qu’il ne l’est déjà. » (...)
Des prisonniers utilisés comme monnaie d’échange
Déjà fréquentes par le passé, ces détentions arbitraires sont devenues systématiques après la réélection contestée de Nicolas Maduro, le 28 juillet 2024. Tout comme les arrestations d’étrangers, dont le régime se sert comme monnaie d’échange. C’est le cas de Lucas Hunter. Ce Franco-Américain a été arrêté le 7 janvier 2025 alors qu’il était en vacances en Colombie. Il s’était approché un peu trop près de la frontière vénézuélienne.
Pendant six mois, sa famille ne reçoit aucune preuve de vie. Plongée dans l’angoisse, elle doit aussi composer avec la froideur de la bureaucratie française. (...)
Lucas Hunter est finalement libéré six mois plus tard, le 19 juillet, dans le cadre d’un échange de prisonniers : des dizaines de migrants vénézuéliens incarcérés au Salvador contre dix détenus états-uniens et 80 prisonniers politiques. Le trentenaire passe d’abord deux semaines sur une base militaire aux États-Unis où il bénéficie d’un programme de suivi psychologique destiné aux soldats qui rentrent de zones de conflit.
Le retour en France est rude. L’accès à l’hôpital militaire Bégin lui est refusé. Le ministère des Affaires étrangères ne peut même pas lui fournir une liste de psychologues spécialisés dans l’état de stress post traumatique. « Il a été extrêmement choqué d’être laissé comme ça, à l’abandon, et que ce soit sa famille qui doive s’occuper de tout », raconte Sophie Hunter. Ainsi, une fois libérés, un autre combat commence pour les prisonniers politiques : celui de la reconstruction.