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AfriqueXXI
AU BURKINA FASO, DES CIVILS MASSACRÉS EN GUISE DE BUTIN DE GUERRE
#BurkinaFaso #massacres
Article mis en ligne le 4 avril 2025
dernière modification le 3 avril 2025

Les 10 et 11 mars, des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP, supplétifs civils de l’armée) ont filmé des scènes d’exactions contre des villageois peuls dans les environs de Solenzo, dans la région de la Boucle du Mouhoun, dans le nord-ouest du Burkina Faso. Pas vraiment une première, hélas ! Si les militaires burkinabè, un temps coutumiers de cette pratique, ont respecté l’interdiction d’utiliser leur téléphone en opération édictée en avril 2023 par l’état-major, les VDP, peut-être gargarisés par le sentiment de se comporter en « bons patriotes », ne peuvent s’empêcher de filmer leurs « faits d’armes ».

La singularité, cette fois, tient au nombre de vidéos qui ont circulé, à l’envergure du massacre qu’elles suggèrent et au ciblage clair des Peuls en tant que « complices » des insurgés djihadistes. Human Rights Watch a examiné onze de ces vidéos et a « dénombré 58 personnes qui semblent mortes ou mourantes dans les vidéos, une estimation prudente car certains corps ont été empilés sur d’autres ». On voit sur ces images des miliciens armés de fusils et d’armes blanches charger des corps d’hommes et de femmes sur un triporteur, sur fond de brouhaha festif, d’autres enjambant des cadavres, une jeune femme grièvement blessée harcelée de questions sur ses « chefs » djihadistes et menacée d’être achevée sous les yeux de son enfant d’à peine 2 ans, et encore des VDP se félicitant de leur « bon travail », face caméra, alors que sont convoyés en arrière-plan des centaines de bœufs.

Sur ces vidéos, scrutées avec un mélange d’horreur et de crainte, les proches de centaines de disparus tentent de reconnaître un parent, un voisin, un ami, ou des troupeaux razziés par l’armée et les VDP. Car ces derniers étaient encadrés par quatre bataillons d’intervention rapide (BIR), une unité apparue en novembre 2022, un mois et demi après l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré.

(...) rassemblement des villageois, fusillade, incendie des maisons, pillage des biens et des animaux, traque des fugitifs. Fillettes, nourrissons, femmes, vieillards : personne n’est épargné. Tués parce que complices présumés des groupes armés qui sévissent dans la région. Ce ciblage des civils plutôt que des combattants semble délibéré. Il interroge sur les buts de guerre du régime. (...)

L’opération des 10 et 11 mars à Solenzo s’inscrit-elle dans une épuration ethnique des Peuls, assimilés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, selon l’acronyme en arabe, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique), qui a recruté une majorité de ses combattants dans cette communauté ? L’amalgame peul-djihadiste a la peau dure au Burkina. « Ils nous chassent par la terre, ils nous chassent par les airs, ils nous dépouillent de nos biens, ils nous tuent. Ils veulent nous finir », déclarait le 15 mars un rescapé de Solenzo recueilli par le JNIM. Le maillage du territoire par des brigades de VDP, recrutés massivement depuis la fin 2022, a aussi contribué à banaliser les exécutions sommaires de citoyens peuls. Au marché, sur le bord d’une route, dans un champ…

Mais les opérations de « nettoyage » des BIR ne ciblent pas exclusivement cette communauté. En témoignent les exécutions de villageois, par dizaines, sans sommation ni discrimination, sur l’itinéraire des convois de ravitaillement des localités sous blocus. (...)

De quoi ces civils aux mains nues sont-ils coupables ? De vivre dans des zones sous influence du JNIM ? De ne pas avoir fui ? Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir tenté de rallier une capitale secondaire ou l’une des rares communes contrôlées par les autorités. Mais les services de l’État sont débordés par l’afflux de déplacés internes, plus de 2 millions selon le bilan officiel le plus récent, datant de mars 2023, soit un dixième de la population. Aucune solution n’est proposée à ces villageois. Pire, ils sont stigmatisés en ville en tant que « complices ». Ce narratif s’est popularisé depuis son irruption sous l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré, lors de l’élaboration des premières stratégies de lutte contre-insurrectionnelle, rappelle le journaliste en exil Ahmed Newton Barry (...)

Dans le Faso d’Ibrahim Traoré, les massacres de civils sont devenus courants. Le bourreau de certaines populations, désormais, c’est l’État.