Sitôt le régime d’Assad tombé, de multiples pays européens ont annoncé la suspension du traitement des dossiers d’asile des ressortissants syriens. En France aussi, l’Ofpra, l’instance chargée d’instruire les dossiers, a annoncé "suspendre provisoirement la prise de décision" sur les demandes d’asile pour suivre l’évolution de la situation en Syrie. Une décision légitime et réfléchie, selon Laurent Delbos, juriste spécialisé en droit d’asile
L’Ofpra a déclaré lundi 9 décembre "suivre attentivement la situation en Syrie" et "suspendre provisoirement la prise de décision sur certaines demandes d’asile émanent de ressortissants syriens". Comment expliquez-vous cette décision ?
Laurent Delbos : C’est une décision prise à froid, réfléchie. Elle est mal perçue dans le débat public alors qu’elle n’est pas forcément négative.
C’est assez classique et fréquent de la part de l’Ofpra d’attendre d’y voir plus clair pour avancer sur des dossiers d’asile. C’est même le contraire de la précipitation. L’instance attend de savoir s’il y a des craintes légitimes en cas de retour dans le pays. Tant qu’elle ne peut pas répondre à cette question, elle suspend ses décisions. Elle se demande : "A l’instant T où je dois rendre une décision, le demandeur risque-t-il sa vie en cas de réponse négative ?"
C’est rassurant de constater que l’Ofpra prend son temps et ne se précipite pas. Elle prend du recul, elle ne veut pas réagir à chaud.
Cette suspension de décisions n’est d’ailleurs pas inédite. Elle également eu lieu au tout début de la guerre en Ukraine, en février 2022 (...)
Ce qui est étonnant en revanche, c’est la réaction du gouvernement français qui a réagi "à chaud". Ce qui a créé une confusion dans le débat. Certains déclarations du ministère de l’Intérieur laissent entendre que les décisions de l’asile sont entre les mains du gouvernement et qu’il faut agir vite. Alors que pas du tout. Seule l’Ofpra est décisionnaire. (...)