Une centaine de lycéens étrangers, jusque-là logés dans des logements individuels à Paris, sont contraints dès la fin janvier de les quitter pour rejoindre des centres d’hébergement d’urgence à travers la France. Un bouleversement qui menace leur poursuite d’études
Il y a peu, ces jeunes vivaient dans des logements individuels, disséminés à travers Paris, gérés par les associations Aurore et Urgence Jeunes. En décembre, ils apprenaient que la prise en charge toucherait à sa fin en juin, ce sera finalement dès le 27 janvier, comme le révèlent Mediapart et StreetPress.
Aujourd’hui, ils se retrouvent ici, dans ce grand foyer pour adultes en difficulté, loin de la stabilité qu’ils avaient pu connaître. « Je ne suis pas content du tout, mais je n’ai pas le choix », explique Habib, en dernière année de CAP, visiblement remué après la visite du centre. Rejoindre ce nouveau centre d’hébergement, alors même qu’ils suivent des parcours de formation allant du CAP au BTS, bouleverse leur quotidien, leurs études et leur avenir.
Cette situation découle d’une décision prise en décembre 2024 par la préfecture de Paris, qui n’a pas voulu reconduire ce dispositif d’hébergement destiné à une centaine de lycéen·nes. Il était pourtant renouvelé chaque année depuis 2015 et financé par la préfecture d’Île-de-France, le rectorat et la mairie de Paris. (...)
Informée depuis plusieurs mois de l’arrêt prochain de ces hébergements, une source à la mairie affirme : « On a négocié tout ce qu’on a pu pour que ça n’arrive pas. » La fin du dispositif est une décision purement politique, selon ce connaisseur du dossier : « Dès que les jeunes sont majeurs, certains veulent envoyer le signal qu’ils ne sont pas bienvenus sur le territoire français et considèrent que les héberger, quand bien même ils sont scolarisés, c’est envoyer un mauvais signal et créer un “appel d’air”. » Contactés, la préfecture et le rectorat ne nous ont pas répondu à l’heure où nous écrivons ces lignes.
La nouvelle est tombée il y a une semaine. Un choc pour ces jeunes lycéen·nes et leurs professeur·es. « On ne pensait pas qu’ils allaient le mettre en application en plein milieu de l’année scolaire », déplore un enseignant qui les accompagne.
Un lieu inadapté aux jeunes
Alhassane*, élève en dernière année de BTS, témoigne de son mal-être : « Depuis, je ne suis plus concentré sur les cours, je m’inquiète pour mon avenir. Ça me perturbe dans mes révisions et dans mon travail. » Mais pour d’autres, ces jeunes ont « de la chance de rester à Paris », aurait, selon plusieurs témoins, lancé un représentant du préfet lors d’une réunion.
Pour Alhassane, la « chance » a une drôle de saveur. « On se retrouve à dix dans un dortoir avec des adultes qu’on ne connaît pas, je ne vois pas où est la chance », explique-t-il, visiblement en colère. (...)
Les enseignant·es qui les accompagnent, eux aussi, s’inquiètent de ce déménagement dans des centres d’hébergement d’urgence. « Il y a du personnel, et des démarches administratives sont proposées, mais le lieu n’est pas adapté pour des jeunes et encore moins en formation », insiste l’un d’eux.
Ce constat est partagé par un responsable du centre d’hébergement, qui, lors de la visite, a reconnu auprès des jeunes que cet établissement n’était pas conçu pour les recevoir. Tout semble avoir été fait dans la précipitation. À la sortie, ce même responsable le confirme : « Je n’ai été informé qu’il y a quelques jours que ces jeunes devraient être accueillis ici. »
Les conditions matérielles, également, soulèvent des inquiétudes : « Les lits sont dans un mauvais état, les draps sont déchirés », a constaté Drary lors de la visite. Pour ces jeunes, la transition vers cette vie en collectivité ne paraît pas bénéfique pour leur avenir.
« Il n’y a pas de lieu pour réviser, et le soir, certains vont vouloir dormir alors que je dois réviser », explique l’un d’eux. Pour Armi, en alternance, le plus inquiétant, c’est la localisation du centre et l’impossibilité de maintenir son emploi et ses études. « Je travaille à l’opposé du lieu qu’on m’impose aujourd’hui, ça va être intenable », prédit-il. (...)