Les nombreuses exceptions concernant le droit des étrangers rendent difficile le quotidien des demandeurs d’asile à Mayotte. Si les conditions matérielles d’accueil diffèrent du régime applicable en métropole, la politique migratoire plus répressive ne décourage pas les candidats à l’exil. La photographe Marion Joly documente le parcours difficile de la demande d’asile de ces familles sur l’île.
Septembre 2020. Partis de République démocratique du Congo (RDC) il y a une dizaine d’années, Jacques et sa famille se sont établis en Ouganda. Mais victimes de persécutions, ils ont dû quitter le pays. Après huit jours d’une traversée éprouvante en kwassa-kwassa depuis la Tanzanie, ils ont débarqué à Mayotte. Ne sachant où aller, on leur a conseillé de rejoindre Solidarité Mayotte, l’association qui prend en charge les demandeurs et demandeuses d’asile sur l’île. D’autres personnes y ont installé un campement et sollicitent une assistance de l’État. À cette époque, la vente sauvage de fruits et légumes dans le centre de Mamoudzou vient d’être interdite. Et ceux qui tiraient leurs revenus de ce travail se sont retrouvés sans revenus et sans logement. (...)
Septembre 2020. Quelques jours plus tard, le campement est démantelé sur ordre de la préfecture. Quelques-uns tentent de trouver une solution de secours et sont hébergés chez des connaissances. D’autres sont pris en charge en urgence avec l’aide de l’association Solidarité Mayotte. Plusieurs partent chercher un nouveau lieu où s’installer. (...)
À cette époque, Solidarité Mayotte ne disposait que d’une centaine de places d’hébergement, contre 450 aujourd’hui, ce qui reste toutefois insuffisant et ne permet pas de répondre aux besoins de l’ensemble des exilés qui arrivent sur l’île chaque année. (...)
Avril 2021. Jacques et Antoinette attendent leur recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Ils n’ont pas encore de documents leur permettant de travailler. (...)
Avril 2021. Jacques et Antoinette attendent leur recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Ils n’ont pas encore de documents leur permettant de travailler. (...)
après un premier rejet de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), ils ont fait un recours auprès de la CNDA et ont obtenu la protection subsidiaire depuis novembre 2022. (...)
Octobre 2023. Face au manque de logements disponibles, les demandeurs d’asile se sont organisés en campement, près du stade de Cavani. Environ deux cents personnes y vivent, dans une grande précarité ; près d’un tiers sont des enfants. Ils dorment sur des lits en palettes, sous des bâches en plastique, ils cuisinent à même le sol. Ce regroupement leur permet de se protéger un peu plus des bandes de délinquants qui profitent de leur vulnérabilité pour les agresser durant la nuit. La municipalité de Mamoudzou souhaite voir le campement disparaître, et en décembre 2023 des initiatives sont engagées pour demander l’intervention de la préfecture. (...)
Novembre 2023. Jacques et Antoinette ont déménagé. Face à la réticence de nombreux propriétaires à louer aux « Africains », ils résident dans un logement mal isolé à Passamaïnty, obtenu grâce au pasteur de leur église. (...)
Novembre 2023. Margot, psychologue de Solidarité Mayotte, organise des groupes de parole pour que les personnes puissent se rencontrer, trouver un espace d’échange et d’écoute afin de soulager leurs souffrances. L’initiative est un succès, mais reste insuffisante face aux besoins de ce public. Beaucoup d’entre eux présentent des symptômes post-traumatiques. Les nombreux dysfonctionnements du système sanitaire de l’île ne permettent pas une prise en charge adaptée des demandeurs d’asile. Le roulement important du personnel médical complexifie la prise en charge et le suivi des patients sur le long terme. (...)
Novembre 2023. Un animateur itinérant propose des activités dans les divers lieux d’hébergement (...)
Appelés « Africains » de manière péjorative, beaucoup évoquent le traitement hostile qu’ils reçoivent dans le département où les préjugés à leur égard sont bien ancrés. (...)
Novembre 2023. Chris et Christella se préparent pour l’école. Après des premiers temps difficiles, ils ont finalement pu trouver chacun un établissement à Petite-Terre, l’île à l’est de Mayotte. Les deux enfants doivent effectuer plus de deux heures de trajet chaque jour pour se rendre à l’école. Changer d’établissement n’est pas si simple par manque de places disponibles. Leur mère confie aussi craindre de placer son fils dans un collège soumis à plus de violences, comme c’est souvent le cas sur l’île. (...)
Novembre 2023. Entre 5 300 et 9 500 enfants seraient en situation de déscolarisation à Mayotte en 2023. Pour pallier ce manque, des associations telles que « Le Village d’Eva » organisent des cours pour les enfants de familles demandeuses d’asile (...)
Novembre 2023. Certains enfants se retrouvent sans structure éducative. (...)
L’hébergement est isolé, ce qui ne facilite pas l’insertion de ces jeunes au sein d’autres communautés de l’île. Les déplacements se font à pied ou en stop, mais les nombreux contrôles d’identité dissuadent certaines familles, qui craignent des interpellations abusives bien qu’elles soient normalement protégées durant leur procédure de demande d’asile. (...)
Novembre 2023. Les travailleurs sociaux de Solidarité Mayotte rendent visite aux habitants des divers logements dont ils disposent. La mise en place du système d’hébergement est complexe, car rares sont les propriétaires qui acceptent de louer aux demandeurs d’asile. Ils sont éparpillés sur l’île, dans des logements parfois isolés et sans commodités. (...)