Depuis samedi, seules les personnes munies d’un justificatif d’identité et de domicile peuvent acheter des morceaux de tôle dans les magasins de Mayotte. Cet arrêté, pris par la préfecture du 101e département français, n’empêche pourtant pas les exilés sans-papiers de reconstruire leurs bidonvilles malgré les promesses du gouvernement de mettre fin à l’hébergement informel.
À Mayotte, les personnes en situation irrégulière ne peuvent plus se procurer de tôles, pourtant indispensables à la construction de leurs habitations informelles. Un arrêté pris par la préfecture du 101e département français et entré en vigueur samedi 4 janvier restreint "la vente de tôles bac acier aux particuliers réparant leur domicile sur présentation d’un justificatif d’identité et d’un justificatif de domicile". Des documents que les sans-papiers ne possèdent pas. (...)
"Lutte aveugle contre des populations étrangères"
Pour les militants associatifs, cet arrêté ressemble davantage à une mesure anti-migrants. "[Il] s’inscrit dans une politique générale qui consiste à mener une lutte aveugle contre des populations étrangères, dont on veut pourrir l’existence", dénonce Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à Mayotte, joint par InfoMigrants (...)
Cette mesure risque-t-elle d’avoir un impact sur la reformation des bidonvilles, dont François Bayrou avait promis lors d’un déplacement à Mayotte fin décembre d’"empêcher [la] reconstruction" ?
Selon Daniel Gros, il va bien y avoir des conséquences, notamment sur la qualité des habitations. Les migrants utiliseront des morceaux de tôle abimés, trouvés dans des décharges ou autour de chez eux. On peut aussi craindre le développement d’un réseau parallèle : des locaux qui revendent de la tôle à prix fort aux personnes en situation irrégulière, déjà très précaires.
Des bidonvilles déjà reconstruits
Mais plus de trois semaines après le passage du cyclone Chido, les migrants vivant dans des bangas n’ont pas attendu les annonces gouvernementales. La grande majorité des bidonvilles ont déjà été reconstruits, le plus souvent avec des morceaux d’acier récupérés à proximité de leurs anciennes habitations (...)
Pour pouvoir édifier leurs habitats dans l’urgence, le système D est poussé à son paroxysme. (...)
Selon l’architecte et sociologue Attila Cheyssial, interrogé par Libération, les grands bidonvilles près de Mamoudzou ont "tous [été] reconstruits jusqu’à 80% au bout d’une semaine" après le cyclone.