Dans la nuit de mardi à mercredi, un incendie s’est déclaré sur le campement de migrants Delphine Seyrig, dans le 19e arrondissement de Paris. Il s’agit du deuxième incendie à cet endroit en l’espace d’une semaine. Une enquête est en cours pour tenter d’en déterminer les causes. Au total, Utopia 56 évoque "une vingtaine d’incendies" recensés au cours des six derniers mois sur des lieux de vie informels, preuve des conditions de vie très précaires pour les exilés à la rue.
"C’est difficile de savoir exactement ce qu’il s’est passé", souligne auprès d’InfoMigrants Nathan Lequeux, à propos de l’incendie de mardi soir. "Selon les témoignages qu’on a reçus, certains exilés sur place ont vu quelqu’un jeter de l’essence sur le campement. Mais pour l’instant, on n’a pas d’images ou de photos pour cet incendie-là." Néanmoins, selon Utopia 56, l’incendie aurait été "très certainement" causé "de manière volontaire et criminelle".
De son côté, Paul Alauzy, coordinateur chez Médecins du Monde (MdM), dont une équipe est allée en maraude sur place jeudi, rapporte à InfoMigrants qu’"une tente vide a brûlé et le feu a été vite maîtrisé." D’après Utopia 56, un jerrycan d’essence a été retrouvé à proximité d’une tente. Aucun blessé n’a été enregistré, selon les deux ONG. (...)
Quelques jours plus tôt, un premier incendie sur ce lieu de vie informel avait quant à lui fait beaucoup plus de dégâts. Les images filmées par les exilés et transmises par Utopia 56 à InfoMigrants montrent des flammes de plusieurs mètres de haut à différents endroits du campement.
Selon les associations, au moins quatre personnes ont été blessées. Trois ont dû être transportées à l’hôpital. Deux exilés sont ressortis après quelques jours, et le troisième homme reste dans un état très grave, hospitalisé au service des grands brûlés de l’hôpital Saint-Louis. "Les personnes sorties de l’hôpital ont des bandages qui remontent jusqu’aux coudes, et aux pieds jusqu’aux chevilles", témoigne Nathan Lequeux. Là encore, les habitants du campement disent avoir "clairement vu un homme asperger les tentes d’essence, et des traces d’hydrocarbures", ajoute Utopia 56. (...)
Une enquête ouverte, "une tentative d’homicide" pour le maire du 19e
Selon le parquet, une enquête pour ces deux incendies a été ouverte et les trois blessés grave seront entendus. Les investigations concernent des "blessures involontaires et dégradation par moyen dangereux" et ont été confiées au commissariat du 19e arrondissement, précise-t-il. Les "constatations ont été limitées puisque la tente brûlée aurait déjà été retirée avant l’arrivée des services de police", complète le parquet. (...)
De son côté, le maire du 19e arrondissement François Dagnaud dit avoir saisi jeudi la procureure de la République de Paris et se dit "rassuré de voir que le sujet est pris très au sérieux", auprès de l’AFP. Dans son courrier, l’élu estime que ces deux incendies peuvent relever d’une "tentative d’homicide".
"Les personnes vivant dans ce campement n’ont pas bénéficié d’une mise à l’abri dans le cadre du plan grand froid, faute d’un nombre suffisant de places ouvertes", regrette l’élu. "On ne peut pas laisser indéfiniment des dizaines ou des centaines de personnes au total vivre dans ces conditions totalement indignes", déclare-t-il à l’AFP. Alors que, selon lui, la Ville "mobilise déjà des moyens très au-delà de ses propres compétences pour essayer de faire face".
"Maintenant, ils ont peur de mourir brûlés vif dans leur sommeil" (...)