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« Un écosystème diversifié régule mieux le risque infectieux »
Article mis en ligne le 11 novembre 2020
dernière modification le 10 novembre 2020

Certaines espèces peuvent également jouer le rôle de cul-de-sac épidémiologique, tels les vautours, qui peuvent se nourrir d’animaux infectés par la rage sans pour autant transmettre ensuite le virus. » Un article publié en août dans Nature a également montré que « les espèces hôtes zoonotiques les plus efficaces [autrement dit les animaux qui partagent des agents infectieux avec les humains] sont généralement plus susceptibles de persister dans des écosystèmes perturbés ».

À l’aune de ces données, des scientifiques promeuvent la création de zones exemptes d’activités humaines.

Préserver de toute activité humaine de larges pans de la nature apparaît comme l’un des moyens les plus efficaces d’éviter la transmission de virus inconnus capables de provoquer des pandémies. Mais la mise en place stricte et indiscriminée de ce type de zones protégées provoque régulièrement la spoliation des peuples autochtones qui y vivaient depuis des siècles. (...)

Si le coronavirus a été transmis aux humains par des animaux sauvages — chauve-souris ou pangolin — la solution ne serait-elle pas de laisser ces petites bêtes tranquilles ? Créer des aires protégées afin de limiter l’émergence de maladies infectieuses, voici l’une des pistes évoquées par le Giec de la biodiversité, l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), dans un rapport publié le 29 octobre dernier. « Puisque le facteur principal d’émergence d’une maladie, c’est la perturbation des milieux naturels, une des réponses serait de préserver une biodiversité à un niveau élevé, résume Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). Et une des façons de le faire, c’est de protéger les espaces. »

Les preuves s’accumulent en effet quant au lien entre augmentation des pandémies et déclin du vivant. (...)

« Un écosystème diversifié régule mieux le risque infectieux » (...)

Certaines espèces peuvent également jouer le rôle de cul-de-sac épidémiologique, tels les vautours, qui peuvent se nourrir d’animaux infectés par la rage sans pour autant transmettre ensuite le virus. » Un article publié en août dans Nature a également montré que « les espèces hôtes zoonotiques les plus efficaces [autrement dit les animaux qui partagent des agents infectieux avec les humains] sont généralement plus susceptibles de persister dans des écosystèmes perturbés ».

À l’aune de ces données, des scientifiques promeuvent la création de zones exemptes d’activités humaines. (...)

Cependant, dans les faits « beaucoup de zones dites protégées ne sont pas effectivement préservées », dit Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Faute de moyens suffisants — tant pour leur gestion que pour leur contrôle —, elles restent souvent des « aires de papier ». (...)

L’idée, séduisante au premier abord, ne fait cependant pas consensus. « Les aires protégées sont à la mode, surtout en ces temps de pandémie, mais on oublie leur coût humain exorbitant, dit Fiore Longo, de Survival International. Leur création entraîne très souvent des expulsions des peuples autochtones qui vivaient dans ces zones en préservant et en protégeant les écosystèmes mieux que quiconque. » En septembre dernier, près de 130 organisations ont ainsi envoyé une lettre inquiète aux responsables onusiens : « 300 millions de personnes pourraient être touchées si les droits des peuples autochtones et les droits d’autres propriétaires traditionnels des terres et gardiens de l’environnement ne sont pas mieux protégés. »
« Les aires protégées relèvent du colonialisme vert »

« On n’est pas contre la protection de 30 % de la Terre, précise Mme Longo, mais contre l’objectif de 30 % d’aires protégées. La majorité des aires vont être créées là où il y a de la biodiversité, ce qui correspond bien souvent aux zones de vie des peuples autochtones. Or dans de tels espaces, il n’est souvent plus possible de chasser, de pêcher, de cueillir, ni même parfois d’entrer. » L’ONG Survival a ainsi documenté plusieurs cas où la création de parcs a entraîné des expulsions ou une répression des communautés locales. (...)

« les territoires où vivent des peuples autochtones sont aussi bien sauvegardés, sinon mieux, que des aires protégées, car ils préservent leur lieu de vie, ils ne l’exploitent pas. » (...)

« La question de la place à accorder aux humains dans ces zones de conservation fait débat, reconnaissait l’ambassadeur de la France pour l’environnement, Yann Wehrling, lors d’une conférence organisée par la FRB sur le sujet. Nous devons nous entendre sur une définition commune, à l’échelle internationale, de ce que doit être une aire protégée ». (...)

La future Stratégie pour les Aires protégées 2020-2030 est actuellement en cours d’élaboration, avec comme objectif d’atteindre une protection de 30 % du territoire, en France hexagonale et dans les territoires ultramarins, avec 10 % en protection forte. Mais d’après France Nature Environnement, « en l’état, la stratégie projetée et son plan d’actions ne permettront pas d’atteindre les ambitions affichées ». (...)

on privilégie la quantité au détriment de la qualité. D’autre part, le projet sur la table ne contient « pas d’engagements sur la question des moyens humains et financiers à dédier à la stratégie, ni la perspective de ressources nouvelles et pérennes pour les aires protégées ».