Indignés par la venue du PDG de TotalEnergies à une soirée organisée le 27 janvier par les associations d’alumni de grandes écoles d’ingénieurs, des étudiants appellent ces dernières à leur « retrait » de l’événement.
Qui de mieux que le PDG de TotalEnergies pour parler de transition énergétique ? Apparemment personne, pour les organisateurs d’une soirée débat qui doit se tenir à l’Hôtel de l’Industrie, à Paris, le 27 janvier. Y est invité Patrick Pouyanné, patron de la multinationale française des énergies fossiles, pour présenter « sa vision de la transition énergétique ».
Après une tribune d’une demi-heure, il pourra échanger avec quatre étudiants et jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs et de commerce. Car l’évènement est co-organisé par plusieurs associations d’élèves et diplômés d’écoles d’ingénieurs : celles des Mines Paris, des Mines Saint-Étienne, des Mines Nancy, ainsi que de l’école Polytechnique. (...)
Ce mélange des genres a choqué une partie des ingénieurs et futurs ingénieurs de ces écoles. Une quinzaine d’entre eux, issus des trois écoles des Mines concernées, sont à l’initiative d’une pétitionadressée à leurs camarades et signée par plus de 300 personnes. Ils y appellent au désengagement des associations d’anciens élèves de leur école de cet évènement. (...)
« Nous sommes sidéré·e·s et révolté·e·s par la tenue de cette conférence. Les agissements d’une entreprise comme TotalEnergies sont à l’opposé des valeurs de nos écoles et des principes déontologiques auxquels nous associons notre profession. Nous réclamons le retrait en tant que distributeurs de cet évènement de nos associations Alumni », écrivent les pétitionnaires.
Du déni climatique au greenwashing
Leurs griefs contre TotalEnergies sont nombreux. (...)
À cela s’ajoute également l’implication de la multinationale dans les nombreuses accusations de violation des droits humains dans le monde, sur des sites où TotalEnergies exploite ou sous-traite l’exploitation d’énergies fossiles. (...)
L’éthique de l’ingénieur en question
« Quand on devient ingénieur, on est tenu de respecter notre charte éthique. Or, Total ment et on leur donne une tribune. Ce type d’évènement nous demande explicitement de ne pas respecter notre charte », dit à Reporterre Camille, l’une des anciennes élèves à l’initiative de la pétition, qui souhaite garder l’anonymat.
Les ingénieurs et élèves pétitionnaires s’inquiètent également de voir leurs écoles « devenir les instruments de propagande de ce type d’entreprises ». (...)
En 2024, Libération révélait, par exemple, comment un contrat de mécénat permettait à l’École des mines de Nancy de profiter de financements de la part de TotalEnergies. Une clause assurait au passage que l’école s’engage à ne pas nuire à l’image et la notoriété de l’entreprise.
Portée notamment par les Mines Paris, la chaire « Modélisation prospective au service du développement durable » bénéficie elle aussi d’un partenariat avec TotalEnergies. Plus insidieux, la multinationale met à disposition certains de ses salariés et retraités dans les écoles, notamment celle des Mines Saint-Étienne, pour former les élèves bénévolement. Des « profs Total » qui forment des milliers d’étudiants et contribuent à construire l’influence de l’entreprise, ainsi que le raconte une enquête du Monde.
Liens organiques entre écoles et industriels (...)
Quant à Polytechnique, rappelons que M. Pouyanné est membre du conseil d’administration de l’école, dont il est un ancien élève. (...)
en 2025, le collectif Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur recensait des liens entre TotalEnergies et une vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur. Au milieu de dizaines d’autres entreprises qui influencent ainsi les cadres de demain. (...)