Une nouvelle polémique sur les travailleuses domestiques frappe l’île-Etat. Elles seraient maltraitées par les agences de recrutement. Largement diffusée par les médias, cette révélation a poussé le gouvernement à ouvrir une enquête et suspendre deux agences.
Singapour, les employées domestiques étrangères sont maltraitées par leurs agences de recrutement. C’est ce qu’a constaté le journaliste Michael Malay dans son reportage publié sur le site d’informations qatari Al Jazeera, le 27 juin dernier. Des « super promos » et « réductions spéciales » sont faites sur les services des jeunes femmes. Des affiches revendiquent leurs qualités selon leur origine ethnique. Les Philippines sont « plus gentilles », les Birmanes « dociles » et les Indonésiennes « moins brillantes » .
Autre point noir : les conditions de travail imposées par les agences. « Ils n’ont pas été corrects avec moi », explique Anandha Nurul, une travailleuse qui a passé sept ans à Singapour. Elle se rappelle qu’elle a été « nourrie aux nouilles instantanées pendant les trois jours où [elle était] à l’agence. »
« Comme des ’poupées au supermarché »
Plongées dans un « silence artificiel », elles répètent toute la journée les mêmes mises en scène dans les galeries de supermarchés pour attirer le chaland. Elles font semblant de repasser, changer les couches des poupons ou s’occuper d’une personne en chaise roulante. Pour Ummai Ummairoh, président de Réseau Familles Indonésiennes cité dans l’article, ces travailleuses « sont comme des poupées au supermarché. »
Mais ces immigrées ont peu d’autres moyens pour devenir « femme de chambre ». Sur l’île-Etat, passer par une agence de recrutement offre la garantie d’un contrat d’un an minimum. En général, les nouvelles recrues n’attendent qu’une semaine avant d’être embauchées, selon l’Organisation humanitaire des migrations économiques (HOME), mais beaucoup reviennent en agence. Elles sont licenciées ou décident de changer d’employeur à cause d’abus : agressions sexuelles, salaires impayés ou rythme de travail trop dur. Dans l’attente d’une nouvelle opportunité, les travailleuses sont dites « en transfert ». C’est le moment où elles restent le plus longtemps en agence et sont donc plus exposées à des excès.
Parallèlement, une autre question est apparue ces derniers jours : une « guerre des prix » fait rage entre les agences, qui ces derniers mois ont fait chuter les tarifs proposés aux clients. Mais ce sont les employées qui en paient le prix : dans le même temps, les commissions qu’elles doivent payer aux agences ont plus que doublé – atteignant 4 mois de salaire moyen.
Deux agences visées, Homekeeper et Budget Maid
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Travailleuses domestiques : scandale à Singapour
Mis en ligne le 10/07/14 I Rédaction par Manon Deniau
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SingapourUne nouvelle polémique sur les travailleuses domestiques frappe l’île-Etat. Elles seraient maltraitées par les agences de recrutement. Largement diffusée par les médias, cette révélation a poussé le gouvernement à ouvrir une enquête et suspendre deux agences.
A Singapour, les employées domestiques étrangères sont maltraitées par leurs agences de recrutement. C’est ce qu’a constaté le journaliste Michael Malay dans son reportage publié sur le site d’informations qatari Al Jazeera, le 27 juin dernier. Des « super promos » et « réductions spéciales » sont faites sur les services des jeunes femmes. Des affiches revendiquent leurs qualités selon leur origine ethnique. Les Philippines sont « plus gentilles », les Birmanes « dociles » et les Indonésiennes « moins brillantes » .
Autre point noir : les conditions de travail imposées par les agences. « Ils n’ont pas été corrects avec moi », explique Anandha Nurul, une travailleuse qui a passé sept ans à Singapour. Elle se rappelle qu’elle a été « nourrie aux nouilles instantanées pendant les trois jours où [elle était] à l’agence. »
« Comme des ’poupées au supermarché »
Plongées dans un « silence artificiel », elles répètent toute la journée les mêmes mises en scène dans les galeries de supermarchés pour attirer le chaland. Elles font semblant de repasser, changer les couches des poupons ou s’occuper d’une personne en chaise roulante. Pour Ummai Ummairoh, président de Réseau Familles Indonésiennes cité dans l’article, ces travailleuses « sont comme des poupées au supermarché. »
Mais ces immigrées ont peu d’autres moyens pour devenir « femme de chambre ». Sur l’île-Etat, passer par une agence de recrutement offre la garantie d’un contrat d’un an minimum. En général, les nouvelles recrues n’attendent qu’une semaine avant d’être embauchées, selon l’Organisation humanitaire des migrations économiques (HOME), mais beaucoup reviennent en agence. Elles sont licenciées ou décident de changer d’employeur à cause d’abus : agressions sexuelles, salaires impayés ou rythme de travail trop dur. Dans l’attente d’une nouvelle opportunité, les travailleuses sont dites « en transfert ». C’est le moment où elles restent le plus longtemps en agence et sont donc plus exposées à des excès.
Parallèlement, une autre question est apparue ces derniers jours : une « guerre des prix » fait rage entre les agences, qui ces derniers mois ont fait chuter les tarifs proposés aux clients. Mais ce sont les employées qui en paient le prix : dans le même temps, les commissions qu’elles doivent payer aux agences ont plus que doublé – atteignant 4 mois de salaire moyen.
Deux agences visées, Homekeeper et Budget Maid
Suite à sa publication fin juin, l’article a été largement relayé dans les médias. A cause de ces révélations, les réactions politiques se sont enchaînées, surtout à propos des travailleuses philippines. Car la main d’œuvre de ce pays représente un tiers des domestiques de Singapour, selon l’organisation « Les travailleurs de passage comptent aussi » (TW2) qui aide les migrants en situation précaire. (...)
’administration de l’emploi des Philippins à l’étranger exige l’ouverture d’une autre enquête concernant quatre agences similaires : Migrant Workers Manpower Agency Inc., Kirsten Recruitment Inc., Uni-Link Overseas Placement Agency Corp. et Maanyag International Manpower Corp.
« Si les informations s’avèrent exactes, nous devrions vraiment fermer les agences impliquées. Leur travail est légitime mais la façon dont ils conduisent leur entreprise est dégradante. Et même si les Philippins sont des étrangers, ils ne devraient pas être traités de façon inhumaine » (...)