Patrick Pouyanné, le PDG du groupe, a annoncé dans la Provence la fin de l’utilisation de l’huile de palme à partir de 2023 non seulement dans sa raffinerie de La Mède dans les Bouches-du-Rhône mais aussi dans l’ensemble de la compagnie.
Un choix que le PDG n’a pourtant pas toujours soutenu par le passé. En 2019, il soutenait, contre l’avis des députés, un amendement visant à réintégrer les produits à base d’huile de palme dans la liste des biocarburants, avec les avantages fiscaux qui en découlent. (...)
Un recours au Conseil d’Etat, rejeté par ce dernier, avait même été déposé. En cause, les 250 emplois de son usine de La Mède qui utilise l’huile de palme.
"A compter de 2023 il n’y aura plus d’huile de palme à La Mède (ndlr : sa bioraffinerie de La Mède à Châteauneuf-les-Martigues dans les Bouches-du-Rhône), ni nulle part dans la compagnie", a annoncé ce lundi le PDG du groupe français Patrick Pouyanné dans un entretien accordé au quotidien régional La Provence.
100.000 tonnes utilisées cette année
"Quand on a conçu ce projet, c’était pour répondre à une demande croissante en biocarburants (...). L’huile de palme pourquoi ? Parce que c’était l’huile végétale la moins chère. C’est vrai qu’on ne pensait pas que la polémique prendrait de telles proportions. (...)
Le prix de l’huile de palme flambe
A noter que cette décision intervient dans un contexte où, sur le marché des matières premières, les prix des huiles végétales ont continué de flamber en juin. Sur un mois, elles ont affiché une hausse de 7,8%. L’augmentation des prix de l’huile de palme est liée à la faible croissance de la production dans les pays d’Asie du Sud-Est.
Aussi, la pandémie de Covid-19, qui a accentué la demande chinoise, a poussé la hausse des prix. En mars, l’indice FAO des huiles végétales atteignait son plus haut niveau depuis 2012, bondissant de quelque 90% depuis son dernier point bas fin 2020.
Greenpeace : Cela fait plusieurs années que nous avons engagé un bras de fer contre le géant pétrolier pour dénoncer l’importation massive d’huile de palme dans la raffinerie de La Mède pour transformation en agrocarburant. Une huile responsable de déforestation massive en Asie du Sud-Est.
Pour être transparent, nous n’avons pas caché notre joie à l’annonce de cette décision. Les étapes vers cette victoire ont été nombreuses et ont porté leurs fruits :
Nous avons mené une bataille parlementaire de deux ans à l’Assemblée nationale pour faire lever l’avantage fiscal dont bénéficiaient les agrocarburants à base d’huile de palme. Total, avec l’appui du gouvernement et d’Emmanuel Macron qui ont défendu les intérêts de la multinationale, s’est battu bec et ongles pour conserver cet avantage malgré une décision parlementaire en notre faveur.
Nous sommes alors passés à l’étape supérieure : l’action bien sûr ! C’était en octobre 2019, une vingtaine de nos activistes s’introduisaient dans le site de la Mède et bloquaient son accès pour dénoncer la déforestation engendrée par l’usine.
Enfin, en avril dernier, nous avons eu un premier résultat du recours juridique, autre levier déployé pour faire plier le géant. Ce recours, déposé il y a deux ans avec des associations partenaires, contestait l’autorisation d’exploitation du site de la Mède en s’appuyant sur un rapport d’investigation et d’expertise que nous avions réalisé, prouvant que les impacts des importations d’huile de palme n’étaient pas analysés par Total. Le tribunal administratif de Marseille a statué en exigeant que Total refasse son étude d’impact climatique