En renouvelant leurs collections jusqu’à deux fois par semaine, les chaînes de prêt-à-porter génèrent un énorme gaspillage. Faute de pouvoir être recyclées, des millions de tonnes de vêtements finissent à la décharge.
Ce 4 avril, des monceaux de vieux vêtements étaient entassés jusqu’au plafond dans le showroom de H&M à New York. Sur un mur, une citation de T. S. Eliot (“Dans ma fin se trouve mon commencement”) donnait au lieu un air de galerie d’art. Dans la pièce d’à côté, des journalistes et des blogueuses mode sirotaient du vin en examinant une demi-douzaine de mannequins portant des créations fabriquées à partir de vieux jeans, vestes et chemisiers.
Cette soirée célébrait le lancement de l’édition 2016 de la collection Conscious. L’actrice Olivia Wilde, égérie de cette ligne écoresponsable, portait une robe de la collection.
Mais le géant de la fast fashion [mode rapide ou jetable], qui compte plus de 4 000 magasins dans le monde et a enregistré un chiffre d’affaires de 25 milliards de dollars en 2015 [22,5 milliards d’euros], voulait aussi promouvoir un autre projet [lancé début 2013] : encourager les clients à recycler leurs vêtements, ou plutôt les convaincre de les rapporter (toutes marques confondues) dans les magasins H&M du monde entier. “H&M les recyclera et créera une nouvelle fibre textile. En échange, vous recevrez des bons d’achat à utiliser chez H&M. Tout le monde y gagne !” peut-on lire sur le blog de la marque.
Simplification grossière
C’est une idée louable, mais aussi une grossière simplification de la situation. À peine 0,1 % des vêtements collectés par les œuvres de bienfaisance et les programmes de récupération sont recyclés pour fabriquer de nouvelles fibres textiles, reconnaît le responsable du développement durable chez H&M, Henrik Lampa, qui était à la soirée pour répondre aux questions de la presse.
Bien qu’elle ait consacré un gros budget marketing – qui a notamment financé un clip de la rappeuse M.I.A. – à sa Semaine mondiale du recyclage de la mode, l’entreprise ne fait rien d’extraordinaire. Les vêtements qu’elle récupère suivent exactement le même parcours que ceux donnés à [l’entreprise sociale] Goodwill ou à n’importe quel autre organisme. (...)
La mode rapide raccourcit les saisons, et vos habits sont sûrement dépassés s’ils ont été achetés il y a plus d’un an. Beaucoup de friperies n’acceptent pas les pièces de chaînes comme Forever 21, H&M, Zara et Topshop. Elles sont de mauvaise qualité, leur prix de revente est insignifiant et il y en a simplement beaucoup trop.
Les vêtements ne se compostent pas
En général, l’étape suivante consiste à les jeter à la poubelle. Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), 84 % des vêtements dont les Américains ont voulu se débarrasser en 2012 ont fini dans une décharge ou un incinérateur. (...)