« Ecouter un merle, c’est extraordinaire. » Le grand photographe animalier nous invite à retrouver cette communion simple et « thérapeutique » avec le monde qui nous entoure.
Vincent Munier nous avait fixé rendez-vous, par téléphone, à 17h30. À l’heure dite, un SMS tombe : « Zut, un imprévu. Suis à l’affût ». On avait l’impression d’être dans une scène de « la Panthère des neiges », le récit de son ami Sylvain Tesson, qu’il avait emmené sur les traces du fauve menacé d’extinction qu’il cherchait à photographier. Une heure plus tard, il expliquera, désolé mais sûr de ses priorités, qu’il avait repéré une « petite mésange huppée » dans la forêt au bout de son jardin et que l’occasion était trop belle… (...)
Vincent Munier, 44 ans dont une bonne partie à explorer le monde, garde un lien intime, urgent et viscéral avec la nature, vivante, sauvage, en danger. Et tellement belle qu’il est prêt à parcourir des kilomètres d’étendues glacées et dangereuses en Arctique pour nous faire partager la tendre complicité de deux ours polaires… (...)
Cet « éternel émerveillé », selon sa propre définition, a passé son confinement chez lui, dans une ferme isolée des Vosges, avec la forêt tout autour. « Je suis presque gêné de dire cela. Mais je l’ai plutôt bien vécu, comme un moment de répit. Il y a moins de bruit, moins d’activité. Je me sens serein et apaisé », avoue-t-il. (...)
Dans les Vosges, les épicéas sont en ce moment décimés par un parasite. En rendant cette planète malade, l’homme, qui se croit au-dessus de tout, se rend lui-même malade. Nous sommes en train de comprendre que nous sommes vulnérables. Et je l’espère, que nous devons réapprendre à s’émerveiller de la nature, à la respecter, à s’y connecter. »
Lui n’a jamais rompu le lien. (...)
il revendique pour chacun la possibilité de cet émerveillement de la rencontre avec l’animal. « C’est possible partout, même dans son jardin. Je conseille de lire un peu avant, des bouquins de photos, de naturalistes. Pour les enfants, il y a la revue « La Hulotte » qui est très bien. Ensuite, dans un premier temps, l’appareil photo ne me semble pas une bonne idée. Mais de bonnes jumelles sont essentielles ». (...)
Pour le reste, il faut savoir se lever tôt et s’armer de patience. (...)
Vous arrivez chez eux, dans un milieu où tout est en ordre. Il ne faut pas déranger et rester humble. Enfin, il faut y passer du temps. Mais juste écouter un merle, ça peut déjà être extraordinaire ! ».
A ce prix-là, Vincent Munier vous promet « des émotions saines, magnifiques, gratuites ». Mieux même. « La rencontre avec un animal provoque une sorte de soulagement intérieur qui fait beaucoup de bien. C’est thérapeutique, comme des pansements sur nos blessures. (...)