Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Sur la côte ivoirienne, d’anciens braconniers protègent les tortues
Article mis en ligne le 9 février 2019
dernière modification le 7 février 2019

Dans la région ivoirienne de Grand-Béréby, une ONG est parvenue à créer un havre pour quatre espèces de tortues menacées en enrôlant d’anciens braconniers dans le but de les protéger.

Grand-Béréby (Côte d’Ivoire), reportage
Au petit matin, le soleil majestueux passe la ligne d’horizon puis s’élève au-dessus de la brume avant d’illuminer la côte sauvage du sud-ouest ivoirien. Dans le creux de la baie de Tabaoulé, à quelques minutes de piste de Grand-Béréby, entre l’océan bleu roi et la végétation dense de la forêt, trois hommes marchent d’un pas fatigué sur la plage dorée par la lumière. Toute la nuit, Clément, Jérémy et Willy ont arpenté le sable sur des kilomètres pour surveiller les éventuelles pontes et naissances de tortues afin de les protéger des braconniers. Cette nuit-là, aucun reptile n’est venu pondre dans la zone, mais à quelques centaines de mètres, ils ont assisté à un spectacle beaucoup plus grandiose. « J’ai retrouvé ces bébés tortues olivâtres ce matin dans leur nid, raconte Willy. Il y en avait une centaine au départ, celles-ci sont les retardataires, on va les aider à aller dans l’eau. » (...)

Dans leur seau très abimé, une trentaine de bébés grands comme la paume de la main se débattent dans le vide et tentent de comprendre ce qui leur arrive. Les trois gardiens de tortues ont décidé de les libérer ici, près de ces rochers, à l’abri des prédateurs (...)

« Avant, je les tuais la nuit à la machette avec l’aide de mes chiens »
Il y a encore quelques années à Grand-Béréby, les œufs et les tortues étaient régulièrement chassés puis mangés par l’homme. Clément et Jérémy étaient même les braconniers les plus réputés de la région. (...)

Quand l’ONG CEM (Conservation des espèces marines) est arrivée en 2010, elle a donc proposé un petit salaire aux braconniers pour protéger les reptiles. Une quinzaine de jeunes des villages alentour ont accepté cette reconversion. Formés à leur suivi et leur protection, Clément et Jérémy ont ainsi complètement changé leur regard sur l’animal. « Aujourd’hui, la tortue est devenue ma sœur parce que j’ai commencé avant tout le monde », assure Clément avec sérieux.

Autre mission pour l’ONG : éradiquer le braconnage. (...)

Plus de 1.000 tortues sont ainsi protégées chaque année et plus de 50.000 petites tortues naissent en Côte d’Ivoire grâce à ces travaux. Mais la nature est cruelle, seuls 3 à 5 % des bébés atteignent l’âge adulte, selon l’ONG. (...)