Saisi d’une plainte de l’union syndicale de Suez, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire sur d’éventuels trafics d’influence, portant notamment sur le rôle du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. L’union syndicale demande la suspension de toutes les opérations de rachat jusqu’à la conclusion de l’enquête.
Cette enquête préliminaire a été ouverte le 18 juin, nous a confirmé une source judiciaire. Elle vise à éclairer les circonstances de cette opération financière et le rôle qu’ont pu jouer certains, notamment le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler.
L’ouverture de ces investigations fait suite à une plainte déposée par l’union syndicale de Suez (CGT, CFDT, CFTC), revendiquant 65 % de la représentativité du groupe, déposée le 22 avril. Dans cette plainte, les syndicats dénonçaient « l’intervention de l’Élysée bien en amont de l’annonce publique du rachat et les pressions constantes et répétées pour faire aboutir le projet de rachat présenté par Veolia ».
En réaction à l’ouverture de cette enquête préliminaire, l’union syndicale de Suez demande « la suspension immédiate des opérations de rachat dans l’attente des conclusions de l’enquête du PNF ». « L’annonce de l’ouverture d’une enquête par le parquet national financier valide la démarche de l’union syndicale de Suez ainsi que le sérieux des reproches faits à cette opération », poursuit l’union syndicale dans un communiqué, en rappelant que cette opération n’obéit à aucune logique industrielle. « Il apparaît aujourd’hui que cette OPA ne serait que le fruit de décisions prises et favorisées au plus haut sommet de l’État pour dépecer le géant français des services environnementaux au seul profit de quelques-uns. » (...)
Les syndicats soupçonnent Alexis Kohler, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, le président du fonds Meridiam, Thierry Déau, candidat au rachat du reste de Suez après l’OPA, de s’être entendus bien en amont sur l’opération de rachat de Suez par son concurrent. Les syndicats indiquaient notamment l’existence de réunions impliquant le gouvernement (...)
Lors de la commission d’enquête parlementaire portant notamment sur l’OPA de Suez par Veolia, Antoine Frérot avait nié toute intervention de l’Élysée. Il avait cependant reconnu avoir informé l’exécutif « courant août ». Les représentants de la CFDT d’Engie, directement mis en cause pour leur rôle dans cette vente, ont nié devant la même commission toute pression de l’Élysée et toute intervention d’Alexis Kohler. L’Élysée avait également réfuté tout rôle du secrétaire général dans cette opération. Convoqué devant la commission d’enquête parlementaire, Alexis Kohler a refusé de s’y rendre.
La plainte des syndicats vise également l’Autorité des marchés financiers pour avoir à la fois autorisé Veolia à ne racheter que 29,9 % de la participation de Suez à Engie, afin de contourner la législation sur les OPA, et surtout pour la mise en demeure adressée au conseil de Suez le 2 avril, qui semble avoir eu un effet déterminant sur le conseil de Suez pour le pousser à négocier avec Veolia. (...)