Restée dans la mémoire comme un moment de pénuries énergétiques, la crise de 1973 a aussi entraîné une transformation profonde du secteur pétrolier, au profit des multinationales et des régimes du Proche-Orient. Les velléités d’économies d’énergie et de développement des alternatives aux hydrocarbures ont fait long feu. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la consommation de pétrole ne cesse d’augmenter, et nulle part plus qu’aux États-Unis. Les grandes entreprises pétrolières anglosaxonnes – celles que l’on surnomme les « sept sœurs » – contrôlent le marché et maintiennent des prix bas qui favorisent une explosion de la demande pour le transport et dans l’industrie. Au tournant des années 1970, les champs pétroliers du Texas et de l’Oklahoma, qui assurent jusque-là l’essentiel des besoins de l’Amérique du Nord, montrent des signes de déclin. Les importations de pétrole augmentent en conséquence, notamment en provenance d’Arabie saoudite.
Depuis 1945 également, les pays producteurs réclament avec de plus en plus d’insistance un meilleur partage des revenus tirés des hydrocarbures. (...)
Si l’Opep est encore largement considérée comme le principal responsable du choc pétrolier de 1973, ces éléments donnent du crédit aux accusations, formulées rétrospectivement par des experts et certains responsables, saoudiens notamment, selon lesquelles la hausse drastique du cours du baril aurait en réalité été orchestrée par les majors et le gouvernement étatsuniens avec la complicité du shah d’Iran.
Après 1973, les grandes entreprises nationales d’hydrocarbures comme Aramco ou ses homologues au Moyen-Orient et ailleurs (y compris en Europe avec l’entreprise publique norvégienne Statoil, aujourd’hui Equinor, active en mer du Nord) prennent une dimension comparable à celle des multinationales occidentales, et se lancent pour certaines dans des activités à l’international. C’est aussi le début de l’enrichissement des pays du Moyen-Orient. (...)