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Stylos rouges : un révélateur, aussi, de la forme scolaire ?
JEAN-PIERRE VERAN Inspecteur d’académie (h), formateur
Article mis en ligne le 11 janvier 2019
dernière modification le 9 janvier 2019

Par la symbolique dans laquelle il s’inscrit, le mouvement des stylos rouges révèle la prégnance d’une forme scolaire qu’il permet de revisiter et de repenser.

(...)

La particularité, en effet, de la forme scolaire, c’est d’être tellement prégnante dans les esprits qu’elle semble aller de soi : quoi de plus naturel, semble-t-il, que la succession des heures de cours mettant face à face dans une salle une classe et un professeur de discipline, que l’organisation standardisée des salles (modèle de l’autobus) comme des établissements scolaires (modèle de la boîte d’œufs) ? (...)

De ce point de vue, que nous révèle le mouvement des stylos rouges ? En choisissant le stylo rouge comme emblème, ils évoquent la figure du professeur corrigeant le travail écrit de l’élève. Ils mettent ainsi en lumière une image de leur fonction qui privilégie, comme la forme scolaire, l’écrit par rapport au dire, le savoir par rapport au faire. En choisissant comme mode d’action à la rentrée de janvier dans l’académie de Lille d’afficher des notes de 20 sur 20, ils révèlent la persistance de la culture de la note et de la moyenne générale dans notre forme scolaire. Aujourd’hui encore, des bulletins trimestriels de collégiens et de lycéens affichent une moyenne générale. Distribuer des 20 à tous les élèves quand cette note est réputée exceptionnelle, c’est mettre en péril le culte de la sacro-sainte note sur 20. (...)

Alors que se développe la pratique des classes sans note[4], dans lesquelles les élèves sont évalués en fonction des compétences qu’ils acquièrent, alors que se développent dans les établissements d’autres modes d’organisation des espaces et des temps d’apprentissage, comme en témoigne le site ministériel Archiclasse[5], les stylos rouges s’inscrivent résolument dans le cadre d’une forme scolaire inchangée. S’agit-il de la défendre et de l’illustrer, ou au contraire de la dynamiter ? Sans doute y a-t-il parmi les participants à ce mouvement des avis divergents sur la question. (...)