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l’Humanité
Sans abri : à Angoulême, un arrêté « anti-SDF » pris par un maire Horizons
#SDF #exclusion
Article mis en ligne le 1er août 2023
dernière modification le 31 juillet 2023

Dans la préfecture de Charente, il est désormais interdit d’être « assis », « allongé » ou « debout » sur la voie publique si on « entrave manifestement la circulation des personnes ». Une mesure prise par le maire Horizons de la ville pour lutter contre « l’occupation abusive de l’espace public ».

Dans la préfecture de Charente, il est désormais interdit d’être « assis », « allongé » ou « debout » sur la voie publique si on « entrave manifestement la circulation des personnes ». Une mesure prise par le maire Horizons de la ville pour lutter contre « l’occupation abusive de l’espace public ». (...)

Un référé- suspension, déposé par la Ligue des droits de l’homme et 36 citoyens, sera examiné par le tribunal administratif de Poitiers, le 1er août. (...)

Les personnes vivant dans la rue sont de plus en plus souvent tenues de circuler sous peine de poursuites. (...)

Depuis sa publication, le 11 juillet, un arrêté municipal portant sur « l’occupation abusive de l’espace public » fait couler beaucoup d’encre. Désormais, dans une vingtaine de rues, places et jardins du centre-ville, « la station assis, allongé ou debout » est interdite , sous peine d’une amende de 35 euros, 150 en cas de récidive. Les « troubles sonores et à la salubrité publique » sont également visés, après des plaintes de commerçants.

« L’espace public est privatisé par certains, cela doit cesser », assume l’avocat Jean-Philippe Pousset, adjoint au maire Horizons, Xavier Bonnefont. Dans sa ligne de mire, « les dealers, les marginaux alcoolisés et leurs chiens qui importunent les passants » et qu’il distingue des « mendiants ». Cet arrêté serait « le fruit de trois années de travail ». Une mesure « anti-regroupement » a en effet déjà été proposée en 2020, avant d’être annulée par la préfecture. En décembre 2014, la mairie avait aussi installé des grillages autour de plusieurs bancs, rapidement retirés à la suite de protestations.

Une restriction des libertés publiques depuis 2015 (...)

Membre de la LDH, Luc Marteau se déclare « choqué » par cet arrêté « discriminatoire envers les plus précaires ».

Dans ce texte « aux contours flous », il voit « le règne de l’arbitraire », là où Jean-Philippe Pousset fait « totalement confiance à l’appréciation de la police » pour interpréter l’arrêté. Face à « l’absence de débat contradictoire » en amont, 36 citoyens d’Angoulême se sont joints au recours pour contester la légalité de la mesure, après une réunion le 18 juillet à la Maison des peuples et de la paix. De l’avis de Gaëtan Bachelier, l’avocat en charge de la procédure, cette mesure, en plus d’être « imprécise », n’est « pas nécessaire ». Il reproche aux pouvoirs publics « une tendance à la désinhibition pour restreindre les libertés publiques depuis 2015 » .

« La répression ne sert à rien » (...)

Ainsi, la présidente de l’association d’aide aux SDF l’Éclaircie, Martine Pinville, a appris l’existence de l’arrêté dans la presse. Pour cette élue d’opposition affiliée PS, cette mesure « risque d’exacerber les problèmes des sans-abri ». « La répression ne sert à rien ! » assène-t-elle, tout en plaidant pour « amplifier le travail social ». L’accueil qu’elle dirige dispose de deux douches pour 80 personnes chaque jour. Faute de place, des appels du 115 sont souvent redirigés, tandis que « certains cas difficiles manquent de soins psychiatriques adaptés ». (...)

« Plutôt que des chaises et bancs anti-SDF, il faut apporter à la ville davantage de mixité sociale. » (...)

Un autre acteur associatif s’est joint au référé- suspension : Barreau des rues, qui défend les droits des plus démunis. Une évidence pour son président, Maxime Cléry-Melin, parce que « cet arrêté invisibilise ceux qui ont le plus besoin de se resocialiser ».