(...) Dans ces messages, ils avertissent les migrants que la frontière est fermée et les appellent à retourner à Minsk.
"La frontière polonaise est fermée. Les autorités biélorusses vous ont raconté des mensonges. Retournez à Minsk !" Voilà le contenu du message des garde-frontières polonais que des migrants en Biélorussie ont reçu sur leur téléphone portable pour les dissuader de rejoindre la Pologne.
L’agence de presse allemande DPA rapporte que la Pologne envoie ces SMS à tous les migrants qui se trouvent à portée du réseau de téléphonie mobile polonais. Outre cet avertissement et cette injonction à rebrousser chemin, les messages contiennent un lien vers le site internet du ministère polonais de l’Intérieur, où la situation à la frontière est expliquée en anglais, en arabe et en russe. (...)
Des "pilules étranges"
Sur Twitter, le ministre polonais de l’Intérieur, Mariusz Kaminski, appelle également les migrants à ne pas prendre "les pilules que distribuent les soldats biélorusses".
Cette question des "pilules" a récemment été évoquée lors d’une conférence de presse le 27 septembre dernier. (...)
Stanislaw Zaryn, porte-parole du ministre coordinateur des services spéciaux polonais, a ainsi affirmé avoir été informé par les autorités lituaniennes que les forces de l’ordre biélorusses distribuaient des "pilules étranges" aux migrants pour les aider à "survivre" lors du passage de la frontière vers l’Union européenne (UE).
Stanislaw Zaryn a assuré que "les Biélorusses ont donné de la méthadone [un médicament utilisé pour notamment traiter la dépendance à l’héroïne, ndlr] à un groupe de migrants."
Le ministre polonais de l’Intérieur, Mariusz Kaminski, a ajouté que les informations reçues par les services lituaniens étaient "très précises".
Il a cité un incident qui se serait produit le "22 juillet près de Druskininkai, où les garde-frontières lituaniens ont arrêté un groupe de 15 Irakiens et Russes d’origine tchétchène. Le groupe comprenait deux enfants, âgés de six ans et un an et demi".
Selon Mariusz Kaminski, lors des interpellations, les parents ont expliqué aux policiers lituaniens être incapables de réveiller leurs enfants auxquels les forces de l’ordre biélorusses auraient donné "deux pilules" pour qu’ils "ne pleurent pas lors du passage de la frontière."
D’après le ministre, les deux enfants ont été hospitalisés à temps et ont pu être sauvés. (...)
La Pologne, tout comme ses voisins baltes, accusent Minsk d’utiliser les migrants comme une arme, afin de faire pression sur l’UE pour qu’elle annule les sanctions imposées au pouvoir biélorusse depuis la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko, qui règne d’une main de fer sur le pays et fait réprimer toute opposition
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Refoulements illégaux
À la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, les migrants dénoncent également les agissements des forces de l’ordre polonaises. Elles sont accusées de refoulements illégaux en empêchant les migrants de franchir la frontière et de déposer une demande d’asile en Pologne, ce qui est contraire au droit international et européen. Les corps inanimés de cinq personnes ont déjà été retrouvés dans la région.
Un exilé a raconté au journal polonais Gazeta Wyborcza qu’après avoir été repoussé de Pologne vers la Biélorussie, il avait été récupéré par les autorités biélorusses, roué de coups, puis ramené à nouveau dans la zone frontalière. (...)
"Sauvez-nous de la mort"
"Ayez pitié de nous, poursuit Gul dans l’enregistrement. Emmenez-nous loin d’ici, quelque part à l’intérieur du pays. Nous ne demandons qu’une chose : sauvez-nous de la mort. Si vous ne voulez pas accorder une protection, sauvez-nous au moins de la mort."
Elle ajoute souffrir de douleur au dos, et que "les agents des deux côtés de la frontière peuvent voir notre état. Nous leur demandons d’avoir pitié. Ils voient l’état dans lequel nous sommes". L’extrait de l’appel se termine en sanglots. (...)
Dans un autre appel du 21 septembre, un certain Masoud raconte que le groupe est composé de 32 personnes "assises depuis 42 jours, affamées, frigorifiées et dans un très mauvais état", alors que depuis trois jours, "il pleut jour et nuit".
Selon Masoud, au moment de l’appel, "entre quatre et dix personnes pourraient mourir dans les prochains jours", parce qu’elles sont, "simplement couchées dans leurs tentes, dans un très mauvais état, avec des maux de tête et des maux d’estomac."
L’homme finit par lancer aux autorités polonaises : "Si nous restons ici et mourons, prendrez-vous soin de nos cadavres ?" (...)
Quelques jours plus tard, le 13 septembre, Abdul Hafiz raconte que "le groupe a essayé de chanter pour se remonter le moral. Mais tous sont si faibles que personne n’est parvenu à se souvenir des paroles d’une chanson."