Au début, je m’étais dit que je n’écrirais pas sur Moix parce que je m’en fiche comme d’une guigne de qui il veut baiser et de qui il dit trouver baisable. Tant qu’il respecte le consentement, il peut bien faire ce qui lui plaît. (À noter qu’il y aurait beaucoup à analyser sur son rapport au corps racialisé, je laisse ça aux expertes et experts du sujet.)
Mais il y avait quelque chose qui m’étonnait dans ses propos sans que je parvienne à comprendre quoi. En réalité, ce qui me frappe le plus, ce dont il n’a pas conscience, c’est l’inexistence de son propre corps. En tant que femme, quand j’interroge mon désir pour d’autres corps, j’interroge systématiquement dans le même temps le désir que ces autres corps pourraient avoir du mien. En gros, si comme Moix je préférais les hommes jeunes, et que je le disais en interview, je me sentirais obligée d’ajouter une blague sur ma propre décrépitude. D’ailleurs, j’ai toujours entendu des femmes comme Amanda Lear faire ce genre de blagues sur leur propre âge. (...)
Ce rapport à la sexualité où le corps masculin n’existe pas en termes de désirabilité, où il y aurait d’un côté un corps désirable (la femme jeune) et de l’autre un corps désirant (l’homme vieux). (...)