Dans une tribune au « Monde », le footballeur, ancien capitaine de la Seleçao et du PSG, connu pour ses engagements dans le domaine social, s’en prend, sans jamais le nommer, au président Jair Bolsonaro et au régime qu’il impose à son pays depuis janvier 2019.
Tribune. Pardonnez-moi, Monsieur Camus. Pardonnez-moi, vous aussi, ses millions d’admirateurs… Je voudrais vous demander la permission de reprendre ici quelques-uns de vos mots, de revendiquer votre audace, de plaider, comme vous avez su le faire face aux autorités de l’inhumain, de combattre, à votre image, en rebelle du monde qui sut refuser l’hérésie et ses terrifiantes conséquences.
Le Brésilien que je suis, comme tant d’autres, se retrouve assiégé, en ces temps si sombres, par un double fléau dont les ravages ne sont que l’addition de nos propres errements collectifs. En plus de la « peste » biologique, cette épidémie si mal gérée qu’elle a provoqué la plus grave crise sanitaire de l’histoire de mon pays, nous subissons un autre mal, bien plus meurtrier à long terme. Un mal qui diplomatiquement nous isole, un mal qui, insidieusement, ronge l’Amazonie et persécute ceux qui la protègent. Un mal qui permet l’exploitation minière dans les réserves indigènes, et préfère les troncs sciés aux troncs vivants… Un mal castrateur de libertés, qui menace la démocratie et fait renaître l’odieuse censure, favorise l’intolérance, l’homophobie, le machisme, la violence. En emprisonnant notre raison et notre bon sens, il nous détruit, pousse à la haine, se pose en ennemi des arts et de la culture, humilie notre conscience en niant la science. (...)
Ce mal, qui a ses propres variants, est l’œuvre d’un clan. Associé au détachement, au négationnisme, à la désinformation, au mensonge, il finit par comprimer, même temporairement, notre révolte, notre résistance et notre indignation. (...)
Répression, agression, persécution
Oui, chez moi, de l’autre côté de l’Atlantique, cet océan qui nous sépare et nous rapproche, amis Français, le mal est partout : dans les questions d’environnement, de droits humains, d’affaires étrangères. Est-ce l’idéologie qui est perverse, ou celui qui l’a théorisée, ou bien encore celui qui l’utilise sciemment ? (...)