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Le Salvador juge près de 500 membres présumés du gang Mara Salvatrucha dans un procès collectif
#Salvador #gangs #procesdemasse #libertesPubliques
Article mis en ligne le 24 avril 2026

Au Salvador, 486 personnes sont jugées en même temps depuis lundi 20 avril, accusées d’être des membres de la Mara Salvatrucha (MS-13), dont 22 accusées d’être des chefs historiques de ce gang. Le président Nayib Bukele était présent pour une partie de ce procès de masse, qu’il a comparé au procès de Nuremberg, au cours duquel 21 hauts dignitaires nazis avaient été jugés après la Seconde Guerre mondiale. Mais pour des ONG de défense des droits humains, ce procès est injuste.

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L’état d’exception dure depuis quatre ans : 91 000 personnes environ ont été arrêtées et emprisonnées, y compris des innocents, comme l’a reconnu le président Nayib Bukele.

Lire aussi :

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Le procès inédit de 486 membres présumés de la Mara Salvatrucha (MS-13) a commencé cette semaine au Salvador. Vitrine de la lutte anti-gangs menée par le président Nayib Bukele, l’audience illustre à la fois l’efficacité sécuritaire revendiquée par le pouvoir et les inquiétudes croissantes sur les dérives autoritaires du régime.

Ce procès, présenté comme le plus important jamais organisé contre la direction d’un gang au Salvador, porte sur "47 000 délits et crimes commis entre 2012 et 2022", dont 29 000 homicides, selon le parquet. Les accusés doivent également répondre de féminicides, d’extorsions, de trafic de drogue et d’armes, ainsi que de "rébellion” pour avoir tenté d’imposer un contrôle territorial assimilé à un "État parallèle”.

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Une grande partie d’entre eux est enfermée dans des prisons ultra-sécurisées, comme le Cecot (Centre de confinement du terrorisme), situé à Tecoluca, à l’est de la capitale. Ouvert en 2023, cet établissement est devenu le symbole de la politique de tolérance zéro du gouvernement. Dans ce procès, plus de 400 accusés y sont détenus et assistent aux audiences par visioconférence.

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Pour Pascal Drouhaud, cette approche s’inscrit dans une construction politique assumée : "Nayib Bukele développe un roman national, celui d’un pays en guerre contre les ’maras’. Il considère cette guerre comme plus violente que la guerre civile." Dans cette logique, poursuit l’expert, "les membres des gangs ne sont pas perçus comme des délinquants ordinaires. Pour lui, ce sont des terroristes."

Une qualification renforcée par la décision des États-Unis de Donald Trump – qui le désigne comme un "grand ami" – de classer le MS-13 comme organisation terroriste en février 2025. Reste que cette rhétorique soulève des interrogations. "Ce discours de libération portée par Nayib Bukele peut devenir dangereux, car il légitime des actions toujours plus poussées", prévient le chercheur. (...)

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Cette chute drastique s’accompagne d’un recul des extorsions et d’un affaiblissement visible de l’emprise territoriale des gangs. (...)

Ce succès sécuritaire a un coût en matière de garanties juridiques, dénoncent de nombreuses ONG. L’état d’exception a suspendu des droits fondamentaux, notamment le droit d’être informé des motifs de sa détention et l’accès à un avocat. La durée de détention sans présentation à un juge est passée de 72 heures à 15 jours, et les interceptions de communications peuvent être réalisées sans mandat. (...)

Pour Human Rights Watch, ces procès de masse posent un problème majeur. "Ils ne bénéficient d’aucune garantie fondamentale de procédure régulière et augmentent le risque de condamner des innocents qui n’ont rien à voir avec les gangs qui terrorisent le pays depuis des décennies", alerte Juan Pappier, directeur adjoint pour les Amériques de Human Rights Watch.

Les ONG dénoncent également des dérives graves : plus de 500 morts en détention, des cas de torture et des milliers d’arrestations arbitraires. "Les gangs ne sont plus une menace. Désormais, c’est l’État qui concentre le pouvoir et le contrôle des rues avec la police et l’armée" (...)

"Il n’y a aujourd’hui aucun contre-pouvoir capable de freiner les agissements des autorités salvadoriennes”, affirme Juan Pappier. "Le Salvador n’est plus une démocratie au sens classique : il n’y a plus de réelle séparation des pouvoirs. Les juges ne peuvent pas statuer contre le gouvernement ou les forces de sécurité, et les parlementaires se contentent d’entériner les décisions de l’exécutif." Dans ce contexte, poursuit-il, "les victimes de violations des droits humains se retrouvent sans recours. Elles n’ont nulle part où aller lorsqu’elles subissent des abus".

Un moment de bascule pour les libertés publiques (...)