À Nauru, le gouvernement australien gère une prison à ciel ouvert destinée à infliger suffisamment de souffrances pour dissuader des personnes parmi les plus vulnérables au monde de rechercher la sécurité en Australie.
Anna Neistat, directrice des recherches à Amnesty International est l’une des rares personnes à avoir réussi à se rendre sur cette île reculée et secrète pour enquêter sur les violations des droits humains.
Fondé sur des mois de recherches, notamment sur des entretiens menés avec plus de 100 personnes à Nauru et en Australie, le nouveau rapport intitulé ‘Island of Despair’ dénonce la politique de « traitement » des réfugiés et demandeurs d’asile mise en place par le gouvernement australien sur l’île de Nauru pour ce qu’elle est : un régime délibéré et systématique fondé sur la négligence et la cruauté. (...)
« Faire souffrir » : une stratégie pour dissuader les réfugiés
Le gouvernement australien soumet les réfugiés et demandeurs d’asile à un système élaboré reposant sur des atteintes aux droits humains, en violation flagrante du droit international, dans le but de leur barrer l’accès à ses côtes.
Il envoie des femmes, des hommes et des enfants vulnérables, dans un site isolé dont ils ne peuvent pas partir, précisément dans le but de les faire souffrir. Et ils souffrent en effet – de manière destructrice et parfois irréparable.
En mars 2015, Darius, un petit garçon de 5 ans a été agressé par une des officiers du camp quand celle-ci a lancé un caillou sur un groupe d’enfants. Darius a été frappé par le caillou et s’est fait cassé la dent. Son papa nous raconte les séquelles que cette agression ont laissé sur son fils et sa maman :
Ma femme a été encore plus profondément affectée par cet incident, et mon fils a depuis commencé à développer des troubles mentaux : il fait pipi au lit, il a développé des symptômes d’autisme -il parle à peine-, il fait des cauchemars, des crises de panique. Ma femme est devenue anxieuse ; elle a augmenté sa dose de médicaments, mais rien n’y fait. Ces derniers mois elle est restée au lit, [des agents de santé] venaient la voir environ une fois par semaine. En fait j’ai dû faire l’infirmier pour ma femme et mon fils. »
L’Australie a dépensé des milliards de dollars pour créer et maintenir un système de traitement extraterritorial intrinsèquement abusif. D’après le Bureau australien d’audit national, la gestion en dehors des frontières sur les îles de Nauru et de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée coûte plus de 390 000 euros par personne et par an. (...)
Le système auquel sont soumis les réfugiés et demandeurs d’asile à Nauru s’apparente à de la torture.
Du fait de la forte souffrance morale des réfugiés et de la nature délibérément nuisible du système, et du fait que l’objectif du traitement extraterritorial est d’intimider ou de contraindre d’autres personnes afin d’obtenir un résultat précis, le régime mis en place par l’Australie correspond à la définition de la torture inscrite dans le droit international. (...)
La politique du gouvernement australien est à l’opposé de ce que les États du globe devraient s’efforcer de faire. Dans ce modèle, la protection est réduite au minimum et les préjudices portés à leur maximum. La seule direction dans laquelle l’Australie entraîne le monde sur la question des réfugiés est un dangereux plongeon vers le fond.
Il y a 60 ans, avec la signature du gouvernement australien, la Convention relative au statut des réfugiés entrait en vigueur. Aujourd’hui, ironie du sort, un pays qui doit tant aux réfugiés bafoue de manière flagrante le droit international et incite d’autres États à l’imiter.