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Pourquoi le chômage concerne (presque) tout le monde
Article mis en ligne le 27 avril 2014

A force de se focaliser sur la pente de sa courbe, on en finirait presque par oublier que le chômage est non seulement un problème pour ceux qui le vivent, mais également pour l’ensemble de la société, fonctionnaires et entreprises compris.

Pourquoi le chômage concerne (presque) tout le monde

Rédigé par David Cayla le Vendredi 14 Mars 2014 à 15:47 commentaire(s)

A force de se focaliser sur la pente de sa courbe, on en finirait presque par oublier que le chômage est non seulement un problème pour ceux qui le vivent, mais également pour l’ensemble de la société, fonctionnaires et entreprises compris.

Pourquoi le chômage concerne (presque) tout le monde

Jamais, dans son histoire, la France n’avait connu un nombre de chômeurs aussi élevé. Et ce chômage n’est pas une simple courbe, une statistique abstraite. Il a de nombreux effets délétères sur la société et sur la prospérité commune. Ces effets concernent en premier lieu les 3,3 millions de personnes de la catégorie A, qui n’ont eu aucune aucune activité salariée le mois précédent, donc aucun revenu salarié, et dont certains, notamment les plus jeunes, n’ont pu bénéficier d’aucune allocation compensatoire. A ce chiffre il faut ajouter les presque 2 millions de chômeurs qui ont pu bénéficier d’une activité réduite, ou les presque 300 000 personnes qui sont dispensées de recherche d’emploi pour cause de formation ou de stage. (...)

Mais le chômage n’affecte pas que les chômeurs. Il touche aussi l’ensemble des salariés de droit privé. Tout d’abord par la pression qu’il exerce sur le « marché » du travail. Tout salarié exerçant dans un métier exposé se voit en effet comme un chômeur potentiel. En période de chômage de masse, aucune protection ne préserve efficacement du chômage. Le diplôme n’est pas un rempart, il rend même le chômage encore plus injuste pour celui qui le subit. L’expérience se transforme en délit d’âge, la jeunesse en inexpérience, la surqualification en inadéquation de profil. Tous les arguments sont bons pour choisir l’un plutôt que les cent autres qui se présentent à un poste. La compétition entre chômeurs ressemble à un cruel jeu de chaises musicales où vingt personnes tourneraient autour de dix chaises. Et chaque mois, à mesure que le chômage augmente et que de nouvelles personnes se présentent, on enlève une chaise ou l’on ajoute des joueurs. Dans ces conditions, il ne faut pas seulement être rapide, il faut avoir de la chance et même, quelquefois, savoir pousser les autres. Aussi, le chômage détruit les solidarités entre travailleurs, affaiblit les syndicats et pousse les salariés en emploi à mettre en sourdine leurs revendications. (...)

Les fonctionnaires sont également touchés par le niveau du chômage. D’abord parce que l’attrait de la fonction est intimement corrélé au marché de l’emploi. Plus le niveau de chômage est élevé, plus les candidats sont nombreux aux concours de la fonction publique, en particulier pour les concours les plus accessibles2 (...)

Le niveau du chômage pèse également sur les retraités, les familles et les malades, sur tous ceux dont les revenus et le niveau de vie dépendent de la sécurité sociale. En effet, moins d’emplois signifie mécaniquement moins de recettes pour les caisses de la sécurité sociale et donc l’apparition ou l’approfondissement des déficits. Ainsi, ces baisses de recettes conduisent presque mécaniquement les gouvernements à lancer des plans d’économies qui se traduisent immanquablement par des baisses du niveau des pensions ou des allocations, ou par des déremboursements. Les retraités apparaissent ici comme très vulnérables (...) Quant aux malades, l’idée selon laquelle ceux-ci abuseraient « volontairement » du système est grotesque lorsqu’on sait que beaucoup renoncent déjà à se soigner en raison d’une prise en charge trop faible de la sécurité sociale.
(...)

il n’est pas sûr que la baisse généralisée des revenus de la population, engendrée par la baisse des salaires et des dépenses publiques constitue un atout pour les chefs d’entreprises. Si les revenus et les transferts sociaux baissent, il en est de même des dépenses de consommation. Si l’insécurité professionnelle augmente, les ménages risquent de davantage épargner par précaution. Le résultat est que ce que les ménages perdent en revenus et en sécurité, les entreprises le perdent en recettes. Or, si les recettes baissent, les profits ont toute les chances de diminuer, et avec eux les revenus des actionnaires et des propriétaires du capital. Pour éviter une telle situation, beaucoup d’entreprises sont contraintes d’écouler leur production en baissant leurs prix. Or, si elles sont nombreuses à adopter une stratégie similaire, la baisse généralisée des prix n’aboutit pas à augmenter globalement les dépenses des ménages (qui sont de toute façon contraintes par leurs revenus) mais conduit immanquablement à la baisse des marges et des profits distribués. (...)

le chômage avantage principalement les secteurs économiques dont l’activité est tournée vers la rente et désavantage tout le reste de la société, y compris les entreprises qui sont les plus innovantes et qui investissent le plus.