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Entre les lignes, entre les mots
Pourquoi la gauche refuse-t-elle de reconnaître que la prostitution repose sur un racisme brutal ?
Article mis en ligne le 9 octobre 2017
dernière modification le 8 octobre 2017

Un interviewé a admis ouvertement que s’il exploitait des Chinoises dans la prostitution, c’était pour réaliser un fantasme qu’il avait à leur sujet. « Vous pouvez aller beaucoup plus loin avec les filles orientales … »

Ce n’est un secret pour personne que le commerce du sexe est tissé de misogynie. La gauche libérale et d’autres soi-disant « progressistes » laissent souvent de côté leurs principes pour appuyer un commerce mondial multimilliardaire fondé sur la douleur et l’oppression des femmes et des filles. Cela n’est pas surprenant, compte tenu du sexisme généralisé de la gauche, mais les mêmes apologues restent souvent silencieux quant au fait incontestable que les femmes et les filles noires, brunes et autochtones du monde entier sont les premières achetées et vendues dans la prostitution.

Au cours d’une recherche approfondie menée en préparation de mon nouvel ouvrage sur l’industrie du sexe (The Pimping of Prostitution : Abolishing the Sex Work Myth), j’ai rencontré et interviewé des femmes et des hommes qui résistent à la banalisation du racisme au sein de la prostitution. (...)

Bon nombre d’acheteurs de sexe que j’ai interviewés m’ont dit qu’ils choisissent souvent des femmes particulières en fonction de stéréotypes racistes et colonialistes. L’ethnicité elle-même est érotisée dans la prostitution. Un homme m’a dit : « J’avais en tête une liste de sélection raciale ; je les ai toutes essayées au cours des cinq dernières années, mais elles se sont révélées avoir les mêmes caractéristiques. » (...)

La publicité faite aux services sexuels capitalise souvent sur des stéréotypes racistes et colonialistes. Lors d’une rencontre avec des femmes de l’Asian Women for Equality Society, à Montréal, on m’a parlé d’une étude où l’on avait analysé 1 500 annonces de prostitution affichées en ligne. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre elles faisaient appel à des stéréotypes racistes comme facteurs de vente : par exemple, les femmes asiatiques étaient décrites comme « soumises », « exotiques », « nouvellement immigrées », « fraîchement débarquées du bateau » et « jeunes et expérimentées ». « C’est ce que les hommes recherchent chez les femmes asiatiques », m’a dit une membre de cette collective.

Dans le principal quartier « chaud » d’Amsterdam, où la majorité des femmes prostituées affichées comme de la viande dans les bordels à vitrine proviennent de la Roumanie et de l’Afrique de l’Ouest, il y a si peu de femmes nées aux Pays-Bas qui vendent du sexe que les proxénètes les signalent en mettant en vitrine des autocollants avec le drapeau néerlandais ou l’acronyme « NL » (Pays-Bas). Les prostituées blanches néerlandaises sont devenues relativement rares.

En somme, la traite des esclaves demeure bien vivante, mais elle a été restructurée dans le cadre du capitalisme néolibéral. Dans l’acte de prostitution, le corps des femmes et des filles est colonisé par les hommes qui les utilisent. Je me demande comment la gauche peut fermer les yeux sur ce fait, tout en prétendant lutter pour une société égalitaire et libre d’oppression. Il est bien possible qu’une grande partie de la gauche masculine se soucie peu de l’oppression des femmes dans la prostitution, mais elle pourrait au moins reconnaître nommément que le système prostitutionnel est en partie construit sur un racisme brutal ?