Où l’on apprend que les armes des faibles ne sont pas nécessairement de faibles armes
Le récit des grands combats sociaux est, avant tout, notamment dans la mythologie du mouvement ouvrier, celui des droits acquis de haute lutte, par la grève, par les manifestations ouvrières, par les urnes, par les différentes formes de l’action syndicale, quand ils n’ont pas été arrachés par la révolte ou l’insurrection. On ne parle, cela dit, - et c’est une injustice - qu’insuffisamment des grandes luttes sociales portées devant les tribunaux.
C’est peut-être que l’on regarde cet autre mode d’action – la saisine du juge – comme étant par trop en décalage avec la culture du mouvement ouvrier. Ce manque de référence aux grands procès sociaux résulte aussi de ce que plusieurs générations de syndicalistes ou de cadres du mouvement ouvrier ont, dans l’interprétation des rapports de classe qui étaient la leur, regardé avec circonspection les tribunaux, les considérant comme l’appareil de répression des classes laborieuses et comme les défenseurs d’une justice de classe au détriment de la protection des intérêts des travailleurs. Bien qu’elle conserve aujourd’hui quelques rares adeptes, dès la première partie du vingtième siècle, syndicalistes et travailleurs ont su dégager, de manière constante, des débats sociaux toujours nouveaux devant les tribunaux. (...)
Au travers de leur enquête, qui revêt aussi les traits d’un essai sur la stratégie judiciaire, Sandrine Foulon et Françoise Champeaux évoquent la valeur ignorée, peu étudiée mais souvent décisive, de l’action en justice dans l’entreprise de conquêtes sociales.
Titre du livre : Dernier recours
Auteur : Françoise Champeaux, Sandrine Foulon
Éditeur : Seuil
Titre original : Dernier recours. Le monde du travail devant les tribunaux
Collection : Essais
Date de publication : 13/03/12
N° ISBN : 202100502X