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Marie-Claude Saliceti
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l’Express
Plutôt que la Méditerranée, des migrants africains affrontent la jungle en Amérique
Article mis en ligne le 14 février 2021

A 34 ans, il est embarqué dans une autre odyssée que celle des migrants ralliant l’Europe par la Méditerranée. Il a laissé derrière lui la guerre et la misère, mis le cap à l’ouest, espérant atteindre, un jour, les Etats-Unis. "Il y a une route" par l’Amérique latine, lâche Ahmed Kabeer.

Avec lui, 22 hommes et femmes, venus de l’autre côté de la planète, se fondent parmi des centaines de Cubains et d’Haïtiens, tout aussi désespérés.

Presqu’aucun ne parle espagnol. Certains maîtrisent le portugais. Ils partagent la même anxiété. (...)

Après être restés bloqués par la pandémie du Covid-19, ils vont affronter à pied le bouchon du Darien, 266 km de jungle. Ahmed Kabeer s’y risquera en claudiquant.

Quelque 700 migrants ont survécu plusieurs semaines dans un campement de fortune, sur la plage de Necocli, en attendant la réouverture de la frontière.

Comment ce Soudanais est-il arrivé là ? "J’ai découvert que ce n’était pas compliqué d’obtenir un visa pour le Brésil", dit-il à l’AFP.

Passé ensuite par le Pérou et l’Equateur, il entend maintenant remonter l’Amérique centrale. Sans visa c’est possible, à condition d’avoir de l’argent : les frontières sont poreuses, les pots-de-vin faciles, dit-il.

 Interminable fuite -

Ahmed Kabeer a entamé son voyage après le début du conflit au Soudan en 2003. Sa mère et son oncle ont été assassinés.

Sa fuite l’a mené dans plusieurs pays d’Afrique, puis au Moyen-Orient. Mais il est expulsé d’Israël en 2018.

Renvoyé dans son pays, il est arrêté et torturé, dit-il, du fait de son ethnie. Une profonde cicatrice s’étire sur son mollet gauche. Réfugié en Egypte, il ouvre un petit commerce. Mais il est agressé.

Désespéré, il a pris l’an dernier un vol pour Sao Paulo, au Brésil, avec un visa touriste. Depuis, il a parcouru quelque 5.000 km, en quête d’"un lieu sûr où on parle anglais (...) comme les Etats-Unis ou le Canada".

Le trajet jusqu’au Mexique dure sept à dix semaines. La probabilité d’être victime de "violence physique et psychologique est considérable durant ce voyage, spécialement entre la Colombie et le Panama", précise un porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Le Soudanais est aux portes de ce calvaire. (...)

Le 30 janvier, le Panama a rouvert ses frontières. Cinq jours après, ils abandonnaient leur campement pour la jungle, guidé par des "coyotes" contre 2.000 à 3.000 dollars.

L’AFP a retrouvé Ahmed Kabeer du côté panaméen. Trois de ses compagnons ont chuté dans un ravin du Darien. Leurs corps sont restés en enfer.