Une enquête de la BBC a découvert un réseau composé de cabinets d’avocats et de faux conseillers en immigration qui fabriquent des fausses preuves pour aider des demandeurs d’asile à prétendre qu’ils sont persécutés sur la base de leur homosexualité. Les ONG rappellent que ces abus minoritaires "ne reflète pas la réalité" du parcours d’asile "hostile et complexe" des personnes LGBTQ+.
(...) Ces faux cabinets promeuvent leurs services en ligne et demandent près de 1 700 euros pour la rédaction du dossier et 2 300 à 3 400 euros supplémentaires pour fabriquer des preuves. Selon l’enquête, un cabinet d’avocats a ainsi exigé quelque 8 000 euros pour déposer une demande d’asile fabriquée de toutes pièces qui avait "très peu" de chances d’être rejetée par le ministère de l’Intérieur. (...)
Un journaliste de la BBC s’est ainsi infiltré dans une réunion destinée à la communauté migrante LGBTQ+ et a constaté que bon nombre des participants reconnaissaient ne pas être homosexuels.
Lors d’échanges téléphoniques avec de prétendus conseillers en immigration ou assistants juridiques, le journaliste a expliqué ne pas être gay. On lui a répondu que "personne n’est sincère. Il n’y a qu’une seule option pour vivre ici aujourd’hui, et c’est précisément la méthode que tout le monde adopte". (...)
La BBC note que le phénomène concernerait surtout des migrants dont le visa étudiant, de travail ou touristique a expiré. (...)
Le risque de nuire à toute la communauté LGBTQ+
La Fondation Peter Tatchell, une organisation caritative londonienne qui défend les droits des personnes LGBTQ+, rappelle dans un communiqué que l"’année dernière, nous avons dénoncé la situation après avoir été submergés par une vague de demandeurs d’asile que nous estimions être des imposteurs."
"Les fausses demandes et l’exploitation des personnes LGBTQ+ par des gangs criminels organisés sapent la confiance du public dans le système d’asile. Cela nuit à ceux qui ont une demande légitime de statut de réfugié", poursuit le communiqué.
D’autres ONG critiquent l’effet produit par le reportage de la BBC. Microrainbow, une organisation travaillant avec des demandeurs d’asile LGBTQ+ au Royaume-Uni explique sur sa page Instagram que "l’idée selon laquelle un grand nombre de personnes demanderaient l’asile à tort en invoquant leur orientation sexuelle ou leur identité de genre est profondément trompeuse et risque de nuire à ceux qui fuient véritablement la persécution".
Demandes d’asile au Royaume-Uni fondées sur l’orientation sexuelle
Les statistiques publiées par le ministère britannique de l’Intérieur indiquent qu’en 2022, 2 % des demandes d’asile au Royaume-Uni, soit 1 334 dossiers, invoquaient l’orientation sexuelle comme l’une des raisons de la demande de protection. (...)
Recul mondial sur les droits humains
Une cartographie mondiale réalisée par Human Rights Watch montre qu’au moins 67 pays disposent de lois criminalisant les relations homosexuelles, avec des peines allant de l’amende à la prison à perpétuité, voire à la peine de mort.
En outre, au moins neuf pays ont adopté des lois qui criminalisent certaines formes d’expression de genre visant notamment les personnes transgenres. (...)
"Le système d’asile est hostile et complexe, et particulièrement difficile pour les personnes LGBTQ+, car elles sont tenues de ’prouver’ leur orientation sexuelle ou leur identité de genre à de parfaits inconnus. Beaucoup ont passé une grande partie de leur vie à cacher ou à nier qui elles sont pour éviter la violence", rappelle Carla Manso Garcia, de Rainbow Migration.
image : British Broadcasting Corporation, Public domain, via Wikimedia Commons