Voici comment les associations de citoyens qui se refusent à fermer les yeux se trouvent dans l’obligation de pallier aux carences de l’Etat. Sauf que ce faisant elles cautionnent à leur corps défendant l’absence de volonté politique qui induit ces carences.
Comment sortir de ce dilemme sans laisser les plus démunis en être démolis ?
Michèle : J’ai appelé la PADA
Mon interlocuteur m’ a donné les réponses suivantes :
Lorsqu’un demandeur d’asile se présente à la PADA, on lui donne un RDV
pour instruire son dossier.
Pour leur hébergement nous appelons le 115.
Actuellement il n’y a pas de place.
Des familles entières dorment dans la rue.
Pour les personnes isolées c’est encore pire.
Je lui demande si la PADA alerte les autorités
Il me répond : "mais tout le monde est au courant"
Je lui réponds que les personnes qui m’entourent ne le savent pas.
Il me répond que c’est aux journalistes d’informer.
Pour les repas la PADA envoie les personnes aux resto du coeur qui vont ré-ouvrir le 21 Avril...
et en attendant à Talence c’est le secours populaire.
Je lui dis "mais le secours populaire n’a pas assez de nourriture"
il me répond qu’il y a trop de personnes qui arrivent.
les transports : ils ont une carte de bus, puis ils auront une carte de transport
mais il dit aux migrants qu’ils peuvent voyager sans titre de transport et qu’ils ne risquent rien.
Voilà.....
lire aussi :
- Témoignage n° 1 - Devant la plateforme d’accueil des demandeurs d’asile (PADA) à Paris
La situation à Paris n’est pas représentative de ce qui se passe ailleurs en France ; elle n’est pas non plus unique.
Et les défaillances qu’on observe ici ou là sont plutôt un symptôme de l’absence de volonté d’accueillir les demandeurs d’asile... (...)
Un Afghan m’explique avoir essayé à neuf reprises d’être reçu, mais que les portes se sont toujours fermées avant qu’il ait pu entrer. Il a donc choisi de dormir à proximité pour augmenter ses chances d’accéder au guichet. (...)
Les agents de FTDA, vigiles et autres, saluent les policiers en allant leur serrer la main. Personne, en revanche, ne salue les 260 exilé.e.s qui attendent devant les locaux depuis des heures et dans le froid. (...)
Trois policiers viennent dire à des gens qui se trouvent à côté de moi – mais qui n’ont pas la même couleur de peau – qu’il ne faut pas rester là. Qu’ils peuvent attendre plus loin mais qu’il ne doivent pas rester sur cette partie de trottoir. A moi, personne ne dit rien – parce que j’ai la bonne couleur ? Visiblement, je gêne, mais on me tolère. (...)
Les policiers, en particulier une policière, hurlent : « ne poussez pas sinon je vous gaze », « si vous poussez on referme la porte et personne n’entre » ; « arrêtez où je gaze et là vous allez courir pour quelque chose ». La même policière décide ensuite de monter sur une barrière métallique, gazeuse à bout de bras, et hurle : « arrêtez où je vous gaze ». (...)
Des policiers se mettent alors à discuter à voix haute en parlant des exilé.e.s qui attendent dans la file : « regarde comme ils sont dégueulasses, ils ne ramassent même pas leurs merdes » (leurs « merdes » étant des cartons sur lesquels ils ont été obligés de dormir cette nuit pour espérer obtenir un rendez-vous, et quelques bouteilles d’eau) ; « ils sont pires que des animaux » ; « ils se marchent dessus ». (...)
10h. Le vigile demande à une femme enceinte qui se trouve après le premier tiers de la file de s’approcher. Après avoir attendu des heures dans le froid et debout, elle sera prise en priorité ; tout ça pour ressortir quelques minutes plus tard… car pour les femmes enceintes ce n’est pas ici qu’il faut faire la queue mais à la CAFDA dans le 20ème arrondissement de Paris. Personne n’a pris le temps de le lui dire avant. (...)
Les personnes reparties sans avoir pu enregistrer leur demande se retrouvent dans une situation de grande précarité.
– En cas de contrôle - et les contrôles sont très nombreux à Jaurès, Stalingrad et La Chapelle en ce moment - elles seront emmenées au commissariat et la police leur remettra une obligation de quitter le territoire (OQTF), puisque, n’ayant pas pu obtenir le statut de demandeuses d’asile, elles se trouvent en situation irrégulière sur le territoire.
– Si elles sont relâchées (ce qui est souvent le cas car elles viennent en général de pays vers lesquels il est difficile, voire interdit, de les renvoyer), cela ne les empêchera pas de demander l’asile mais elles seront placées en procédure accélérée (procédure plus expéditive). L’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), comme il fait de plus en plus systématiquement, coupera brutalement leurs droits (allocation et hébergement), et une bataille devra être engagée pour les faire rétablir.
Dissuadées quotidiennement d’accéder au guichet, celles qui se heurtent aux barrières des PADAs sont donc sanctionnées alors même qu’elles ont essayé de faire valoir leurs droits dans les délais (...)
La PADA gérée à Paris par FTDA a accepté de faire ce travail de pré-accueil en répondant à un marché public ; elle est donc devenue prestataire de l’OFII, donc de l’État .
Laisser les gens à la rue, sans qu’ils puissent enregistrer leur demande d’asile est illégal. C’est pourtant une pratique qui existe depuis des années. La différence, c’est qu’avant la réforme de 2015 c’était la préfecture qui assumait cette illégalité. Aujourd’hui c’est FTDA à Paris, et d’autres structures associatives en Île-de-France (Coallia, Facem) qui ont accepté de faire ce travail de tri et de contrôle, dans des conditions qui ne respectent pas la loi. (...)
Quand on est face à une telle machine d’État où règnent l’arbitraire et la répression, faire reconnaître ses droits et obtenir une protection en France est un parcours du combattant, aussi épuisant et inhumain que tout ce que les réfugié.e.s ont vécu lors de leur parcours d’exil.