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Mediapart
Patrouilles anti-migrants : trois identitaires relaxés en appel
Article mis en ligne le 17 décembre 2020

Deux responsables de Génération identitaire ainsi qu’un ex-cadre ont été relaxés en appel mercredi. Ils avaient été condamnés à six mois de prison ferme en 2019 pour avoir « exercé des activités dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ».

Ils ont finalement été relaxés. Clément Gandelin, président de l’association d’ultra-droite Génération identitaire, Romain Espino, porte-parole, et Damien Lefèvre [connu sous le nom Rieu – ndlr], ancien cadre du mouvement, ont été relaxés par la cour d’appel de Grenoble mercredi 16 décembre. 
Ils avaient été condamnés par le tribunal correctionnel de Gap, le 29 août 2019, à six mois de prison ferme, 2 000 euros d’amende et des privations de droits civiques, civils et familiaux pendant cinq ans. Le trio était poursuivi pour avoir « exercé des activités dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». Le groupe Génération identitaire, poursuivi en tant que personne morale, avait écopé d’une amende de 75 000 euros.

« La cour d’appel a estimé que les éléments constitutifs de cette infraction n’étaient pas caractérisés en l’espèce, retenant une action de pure propagande à visée médiatique et annoncée comme telle », a indiqué le parquet général de la cour d’appel de Grenoble dans un communiqué mercredi.

« La cour a estimé que la seule infraction qui aurait pu leur être reprochée aurait été l’interpellation de migrants le jour de la chaîne humaine, ce qui n’a pas été le cas », précise Agnès Antoine, membre de l’association Tous Migrants, qui vient en aide aux exilés dans le Briançonnais, à la frontière franco-italienne.
Les avocats de l’association, Mes Vincent Brengarth et William Bourdon, disent leur « totale incompréhension » face à cette décision. « La cour a considéré que leur action du 21 avril 2018 au col de l’Échelle n’était pas de nature à créer une confusion dans l’esprit du public avec l’exercice d’une fonction publique, expliquent-ils. Cette décision potentialise le risque que des milices viennent imposer leur loi à la frontière en violation des droits fondamentaux des personnes exilées. »

De son côté, Damien Lefèvre, dit « Rieu », a annoncé sa « victoire » dans une vidéo publiée sur Twitter. (...)

Pour les conseils de Tous Migrants, cette décision crée « un deux poids deux mesures par rapport à la criminalisation des maraudeurs », « dans un contexte de basculement autoritaire semblant chaque jour un peu plus désinhiber certains comportements qui devraient être condamnables »

Depuis la mi-novembre, les effectifs de la police aux frontières de Montgenèvre ont augmenté afin de « lutter contre le terrorisme » dans les Hautes-Alpes et les associations d’aide aux migrants dénoncent un harcèlement des policiers à l’égard des exilés et des bénévoles.

Deux maraudeurs sont d’ailleurs poursuivis pour « aide à l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’étrangers en situation irrégulière en leur faisant franchir la frontière pédestrement » et sont renvoyés devant le tribunal de Gap en avril 2021. (...)