
Les petits diffuseurs doivent se confronter aux gros multiplex. Mais quand on n’a pas de 3D, on a des idées ! Le journal Le Ravi, partenaire de Basta !, a fait le tour de plusieurs cinémas alternatifs et inventifs en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui tentent de proposer autre chose : du cinéma d’auteur, des films engagés et des débats citoyens, sans écarter parfois la diffusion de grosses productions. Le tout contre un prix abordable, et avec la volonté de toucher ceux qui ont délaissé les salles obscures.
Au mur, de vieilles photos jaunies de Claudia Cardinale et John Wayne. Déco années 70, fauteuils en cuir des années 50 : le cinéma Caméra de la ville de Bandol, entre La Ciotat et Toulon, c’est un peu le Cinéma Paradiso du Var, avec le numérique et le Dolby surround en plus. Linda Corbelli est la troisième génération à travailler dans cette salle familiale achetée dans les années 1970 par son grand-père d’origine italienne, passionné de 7ème art. « Il est décédé en 2012, à 96 ans, et jusqu’à la fin de sa vie, on pouvait le voir dans la salle », raconte sa petite-fille, qui a grandi au milieu des bobines de 35 millimètres.
Ici ni subventions, ni label Art et essai. Du film grand spectacle à celui d’auteur, c’est Linda qui choisit la programmation. Elle connaît les goûts de son public qui vient de Bandol, mais aussi de la région, dans ce cinéma de proximité où à la sortie on peut encore discuter avec elle ou son père du film que l’on vient de voir. « C’est ce que les gens viennent chercher chez nous », explique Linda. Elle est la seule salariée de son établissement, le cinéma ne possède qu’un écran, mais la famille Corbelli a toujours tenu à son indépendance. Et le public répond présent. (...)
En région Paca comme ailleurs, les petits diffuseurs doivent constamment jouer des coudes avec les multiplex qui possèdent un large choix de films et des places de parking à disposition. En 2012, ces derniers représentaient déjà 14 000 fauteuils dans la région. Actuellement, de nombreux établissements sont en projet, financés par le privé. (...)
« Notre mission, c’est de vivre dans un territoire où l’offre culturelle institutionnelle est inexistante, en mettant en place des stratégies qui ne peuvent pas passer par de la com, mais par de l’humain, en travaillant la proximité », explique William Benedetto, directeur de l’Alhambra dans les quartiers nord de Marseille (16ème). Labellisé Art et essai, ce cinéma qui a enregistré 60 000 entrées en 2016 travaille en partenariat avec les enseignants et acteurs culturels des quartiers afin d’attirer un public qui ne viendrait pas spontanément. Sans pour autant s’interdire de programmer le dernier Fast and Furious... à côté de films d’atelier.
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