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Marie-Claude Saliceti
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ouest France
PORTRAIT. À bord de l’Ocean Viking, Nadia rend les relations plus fluides
Article mis en ligne le 2 janvier 2020

Le navire de SOS Méditerranée poursuit sa patrouille au large des côtes de la Libye balayées par un fort vent du nord. Rencontre avec la médiatrice culturelle de Médecins sans frontières, témoin de toutes les détresses.

Sur l’Ocean Viking, Nadia Essalah-Neffati est partout. Discrète mais attentive, concentrée mais souriante, la médiatrice culturelle de Médecins sans frontières (MSF) est venue chercher, sur le navire affrété par SOS Méditerranée, "l’élément manquant" à un parcours de cinq ans consacré aux migrants.

"Tout a commencé en 2015, se souvient-elle, lorsque des centaines de personnes se sont installées dans un parc de Bruxelles et y ont monté un camp de fortune." Titulaire d’un master en Ingénierie de l’action sociale, la quadragénaire est alors sans emploi. "Je me suis dit que je pourrais être utile, alors j’ai rassemblé quelques affaires et j’y suis allée." Elle y est restée quatre mois. (...)

"Parfois, nous étions jusqu’à 200 personnes de la société civile sur le camp. En quelques mois, nous avons créé tout ce que l’État ne voulait pas mettre en place." Jusqu’à finir par trouver un lieu d’hébergement en dur pour les migrants.
(...)

C’est là qu’elle rencontre Médecins sans frontières. "Ils étaient en train d’imaginer la fonction de médiateur culturel." Un nouveau métier que Nadia a eu le loisir de défricher au cours de plusieurs séjours en Grèce, dans les îles d’abord, où les réfugiés débarquaient, puis à la frontière avec la Macédoine où ils étaient bloqués dans leur voyage.

Assise dans la clinique de l’Ocean Viking – trois conteneurs assemblés sur la plateforme arrière du navire, Nadia se souvient avec émotion du camp de 15 000 migrants dans lequel elle marchait jusqu’à 20 à 30 kilomètres par jour.
Détecter les personnes vulnérables (...)

Son job ? "Écouter, regarder, mettre en relation. Il fallait détecter les personnes en état de vulnérabilité, recueillir leurs demandes, les orienter, désamorcer les conflits, apporter une assistance linguistique aux thérapeutes, faire de l’éducation sanitaire…"

Quand Médecins sans frontières la rapatrie en Belgique, c’est pour travailler auprès de réfugiés en attente d’un titre de séjour. (...)

"Traverser la mer, c’était l’enfer. On a vu la mort" , rapportent la plupart de ses interlocuteurs.

"C’est pour ça que j’ai voulu rejoindre l’Ocean Viking. Je voulais boucler la boucle et me confronter à la mer. Essayer de comprendre ce que vivent ceux qui l’affrontent dans l’espoir d’une vie meilleure… Et participer à leur survie."

Embarquée en novembre, Nadia a pu s’en faire rapidement une idée.