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Mettre au monde en pleine épidémie : le quotidien ardu des nouvelles mères
Article mis en ligne le 10 avril 2020

Parturientes comme professionnelles de santé mobilisées dans les maternités sont confrontées au confinement et au manque de moyens de l’hôpital public. Cela pèse sur leur santé physique et mentale. Des femmes racontent à Reporterre la mise au monde en période de crise sanitaire.

Pendant les premières semaines du confinement, certaines femmes ont été contraintes d’accoucher sans pouvoir être accompagnée de la personne de leur choix, au mépris des effets traumatiques que cela peut engendrer (dépression post-partum notamment), et il a fallu attendre le 31 mars pour que le ministère de la Santé se pose en soutien de ce droit des parturientes.

Si de nombreuses maternités autorisent la présence du partenaire de la mère pendant l’accouchement, les protocoles changent tous les jours, les rumeurs enflent et cette incertitude est très pesante. « Quand j’ai entendu que les pères ne pouvaient pas assister à l’accouchement, ça a été la panique totale, dit Léa. Tous mes rendez-vous médicaux ont été annulés par simple SMS de Doctolib, c’était brutal. On se prépare pendant neuf mois, et là on se retrouve toute seule avec cette confiance en soi à reconstruire en quelques jours. Parce qu’il faut le dire, ça m’impacte beaucoup plus que mon compagnon. »

Les partenaires doivent désormais quitter la maternité dans les deux heures après la naissance et toute visite est interdite, ce qui peut provoquer une grande souffrance, d’autant plus si l’hospitalisation est longue. (...)

Élodie [1], sage-femme dans une maternité parisienne, explique :

C’est terrible que les partenaires ne soient pas là après l’accouchement, les mères sont au bout du rouleau, avec les nuits difficiles, les saignements, les douleurs. On fait ce qu’on peut mais on est loin de compenser leur présence. Et les psychologues ne passent plus en maternité, c’est seulement par téléphone. »

« Le soin sans la dimension sociale, ça n’existe pas ! »

La crise dégrade aussi les conditions de travail et la santé des sages-femmes, auxiliaires de puériculture, aides-soignantes et agentes d’entretien des maternités, emplois occupés quasiment à 100 % par des femmes et souvent déconsidérés. (...)

Zohra [2] est assistante sociale dans une maternité de Seine-Saint-Denis. Son travail consiste à accompagner les femmes en grande précarité – des mères isolées avec parfois plusieurs enfants, qui n’ont pas de logement, pas de papiers, qui sont victimes de violences… – , travail qu’elle estime ne plus pouvoir faire correctement. (...)
Zohra ne compte plus ses heures, ni ses collègues absentes pour cause de maladie ou de problèmes de garde d’enfant. Entre les appels au 115 et à la protection de l’enfance, elle doit gérer moult détails logistiques : « D’habitude, des associations nous donnent des couches, du lait, des vêtements pour bébés. Là, tout s’est arrêté et les magasins sont fermés ». Résultat : elle multiplie les appels sur les réseaux sociaux pour en récupérer ou ramène des choses de chez elle. « Je dois bricoler des solutions au jour le jour, sans aucune aide alors qu’on est à l’hôpital public. »

Elle déplore que « les travailleurs sociaux soient complètement oubliés dans cette crise, alors qu’[ils sont] aussi en première ligne : le soin sans la dimension sociale, ça ne sert à rien ! Le confinement, ça enferme les gens dans les violences intrafamiliales et sociales qu’ils subissent, ça les aggrave. Ce n’est pas qu’une crise sanitaire, c’est une véritable catastrophe sociale. »

Le post-partum, un confinement en soi

Autre effet de la crise : le séjour en maternité écourté. Pour Odile, sage-femme à Marseille, « c’est l’occasion de créer une plus grande collaboration entre les maternités et les sages-femmes libérales, qui peuvent tout à fait assurer le suivi post-partum à la maison, un cadre souvent plus serein pour les mères ». Tout comme peut l’être l’accouchement accompagné à domicile, qui connaît un regain d’intérêt. (...)

Encore faut-il ne pas vivre dans un désert médical... (...)

Suivi médical restreint, impossibilité d’aller voir un ostéopathe pour soulager les douleurs post-accouchement, de recourir à une travailleuse sociale ou aux grands-parents pour être épaulée, d’emmener le nouveau-né en balade pour le calmer de ses longues heures de pleurs… Le confinement est coûteux pour la santé des nouvelles mères, déjà mise à rude épreuve, et risque d’alourdir encore la charge mentale et le travail domestique, qui, à coups de dizaines d’heures invisibles par semaine, reposent très largement sur elles. (...)