
Après avoir porté secours à 39 personnes en détresse en mer, le navire affrété par l’ONG Sea-Watch a accosté sur l’île italienne de Lampedusa. Transgressant ainsi les instructions des autorités qui lui avaient assigné le port sicilien de Trapani, situé à 32 heures de navigation de la zone de sauvetage. Le navire risque l’immobilisation et une amende.
Le navire humanitaire affrété par l’ONG Sea-Watch depuis le printemps 2022 avait secouru ces 39 personnes après un signal émis par le Rise Above, le 12 juin. "Sur la route entre la Tunisie et Lampedusa, le Rise Above vient de croiser un bateau métallique complètement surchargé qui prend l’eau. Il y a plusieurs femmes et enfants à bord", a tweeté ce jour-là le navire de l’association Mission Lifeline International. Son équipage a alors distribué des gilets de sauvetage aux naufragés en attendant la venue de l’Aurora, arrivé sur les lieux quelques heures plus tard. Dans la nuit, tous les exilés ont finalement été transférés à son bord. (...)
Le Centre de coordination de sauvetage maritime des garde-côtes à Rome "nous a [ensuite] donné des instructions pour nous diriger vers le port de Trapani, à 32 heures de route [...]", a indiqué Sea-Watch. Un voyage bien trop long pour les naufragés, selon l’ONG.
L’Aurora, bien moins adapté à la prise en charge d’un grand nombre de personnes sur une longue période - à l’instar du Geo Barents ou de l’Ocean Viking - a donc contesté la décision. Sans succès auprès des autorités. Il a finalement accosté à Lampedusa, à seulement quelques heures de navigation, le 13 juin au matin. (...)
Le bateau "est un patrouilleur de 14 mètres inadapté aux longs voyages. C’est pourquoi il a choisi de débarquer à Lampedusa, tout comme le font les patrouilleurs des autorités italiennes. Demanderiez-vous à une ambulance qui aide quelqu’un à Bari [dans le sud de l’Italie, ndlr] d’aller aux urgences à Bologne [au nord, ndlr] ?", s’est défendu l’ONG sur Twitter.
Vingt jours d’immobilisation et une amende
Vendredi 2 juin, les navires humanitaires Sea-Eye 4 et le Mare*Go ont été immobilisés à Ortona (péninsule italienne) et Lampedusa par les autorités italiennes pour avoir, eux aussi, désobéi : le premier, pour ne pas s’être dirigé immédiatement vers le port sûr qui lui avait été attribué après un sauvetage au large de la Libye. Le second, pour avoir refusé de se rendre jusqu’au port de Trapani afin d’y déposer 36 migrants secourus. (...)
Tout comme l’Aurora, le Mare*Go avait débarqué les rescapés à Lampedusa, bien plus proche de la zone de sauvetage. En plus des 20 jours d’immobilisation imposés par Rome, l’équipage a également reçu une amende de 3 333 euros.
Ce bateau n’a pas pour vocation à sauver les exilés en mer. Depuis fin mai, il sillonne la Méditerranée centrale mais reste à proximité des canots en détresse en attendant les garde-côtes, et fournit de l’eau et des gilets de sauvetage aux naufragés.
Nouvelle loi italienne
Pour tenter de freiner les arrivées de migrants, Rome a adopté début janvier une nouvelle loi restreignant les activités d’ONG en Méditerranée. Et ce, bien que le nombre de personnes secourues par les humanitaires ne représentent qu’environ 10 % du total de celles sauvées en mer. Depuis la promulgation de la nouvelle législation, les navires des ONG doivent informer les autorités italiennes dès qu’une embarcation est secourue. Les autorités décident alors du port où rescapés et secouristes doivent accoster, souvent un port lointain du lieu de l’opération de secours.
Ainsi, les bateaux ne peuvent pas secourir d’autres embarcations. Elles perdent aussi beaucoup de temps à se rendre dans les ports assignés et revenir en haute mer. Une logistique qui réduit donc drastiquement le nombre de personnes secourues, et donc le nombre de migrants ramenés en Italie. (...)