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Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
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Le Monolecte
Maudits gazons
par Agnès Maillard
Article mis en ligne le 1er juillet 2019

Je ne crois pas qu’il existe quelque chose de plus stupide qu’une tondeuse à gazon. En dehors d’une piscine individuelle. Ou d’une voiture (encore que…). Le genre d’engin qui coute un bras à l’achat, qui ne sert à rien 99 % du temps, qui ne t’apporte aucun plaisir à l’usage et qui est prévu pour te pourrir la vie jusqu’à te claquer dans les pattes de la manière la plus contrariante possible.

Je suis du chiendent des villes. J’ai poussé dans une succession de clapiers modernes en leur temps, gris et violemment moches. J’ai connu ce ciel embastillé par les façades aveugles des ruelles borgnes, le passage des saisons qui se résume aux montagnes russes du mercure dans le thermomètre, les interminables trottoirs parfumés à l’urine aigre. Je viens de ce monde où l’espace est chiche et l’intimité un luxe, les couleurs synthétiques, criardes et délavées à la fois, les sons, juste un brouhaha informe et permanent, jusqu’au cœur des nuits d’été où meurt toujours dans le lointain le cri geignard d’une mobylette poussive, pourrissant à elle seule le sommeil agité de plusieurs dizaines de milliers de fourmis humaines.

J’ai cru gagner une forme de liberté lors de notre premier jardin, je n’y ai trouvé qu’un contrôle social encore plus implacable, celui de la hauteur de l’herbe.
Le peuple de l’herbe

C’est une sorte de concours complètement malsain qui se lance dès les premières belles journées de printemps irrémédiablement massacrées par le ronronnement tonitruant d’une foutue tondeuse à gazon. Vite, vite, dès potron-minet, il faut se jeter sur la machine, réveiller tout le quartier dans une seule et unique déclaration de guerre : « c’est moi qui l’aurais la plus courte ! ». (...)